Ziguinchor/Marche réprimée des enseignants: Les syndicalistes finalement libérés

Ce 12 Avril restera à jamais gravé dans la mémoire collective de l’opinion nationale. De par la mobilisation mais surtout la détermination affichée des enseignants , sous la houlette de tous les leaders du G6, à braver non seulement le chaud soleil mais également la chaleur et l’ odeur exécrable et étouffante de gaz lacrimogènes distillés par les forces de l’ ordre pour disperser la marche nationale de ces derniers.
Réunis dès les premières heures de la matinée au Lycée Djignabo de Ziguinchor pour peaufiner l’itinéraire à emprunter, les enseignants, venus de toutes les régions du pays pour participer à la Marche Nationale, ont d’ abord eu la surprise de leur vie de constater  que celle-ci, initialement autorisée par les autorités depuis le 06 Avril a été interdite la veille tard dans la nuit par Arrêté du Préfet de la Ville.
Donc face à ce coup de théâtre, ou plutôt , à ce volte-face inacceptable selon Honoré MANGA, Coordonnateur local du G6 ,  » nous avons décidé de nous mobiliser au Lycée Djignabo. Une très grande mobilisation (sic) de tous les enseignants qui doit permettre au Président de la République, une fois les images passées à la télévision, de convoquer très rapidement les enseignants au Palais pour résoudre définitivement la crise qui gangrène le système éducatif sénégalais. », soutient-il.
Et d’ajouter que, face à la détermination de la base , et le recul des autorités , autorisant finalement la marche, et de les traquer enfin à la préfecture pour les disperser à coups de lacrimogènes ,  » nous déplorons cette situation avec la dernière énergie. Parce que ce qui s’ est passé aujourd’hui à Ziguinchor, tous les Casamançais ne le comprendrons jamais. Car dans toutes les régions du Sénégal, les gens ont marché de manière pacifique. A Thiès, à Kaolack, à St – Louis, à Tambacounda et à Dakar. Rien ne s’est passé, les marches ont été autorisées. On ne peut pas comprendre que les autorités de ce pays décident d’ interdire celle de Ziguinchor après l’ avoir autorisée dans un premier temps. C’est révoltant et méprisant. C’ est pourquoi, après , la grande AG, nous avons décidé de nous mobiliser et faire face aux forces du désordre. Les forces de l’ intelligence ont bravé les forces du désordre avec toute la détermination qui sied, et au finish,la force de l’ intelligence a remporté le combat », martèle t-il.
Pour conclure et tirant le bilan de la confrontation avec les limiers, il déclare que »c’est parce que nous n’avons pas accepté ce yo-yo du Préfet qu’ il a chargé les policiers de nous bombarder et disperser notre marche.
Etant des responsables instruits et civilisés, nous n’avons pas riposté à ce banditisme.Pour l’instant. Nous avons des collègues grièvement blessés à l’hôpital, sauvagement roués de coups et étouffés par les gaz lacrimogènes. Et ça, nous le dénonçons vivement et nous interpellons le gouvernement du Sénégal , à prendre toutes ses responsabilités et à assumer tout ce qui adviendra car nous ne sommes pas prêts à retourner dans les classes tant que cette situation reste sans solution ».
Mais les enseignants ne comptent pas seulement leurs blessés. Il y a eu également  beaucoup d’entre eux qui ont été arrêtés. Parmi ces derniers, des leaders à l’ image de Abdoulaye NDOYE du CUSEMS, Saourou SENE, du SAEEMSS, première cible et victime des lacrimogènes ( atteint au pieds dès sa sortie du Lycée Djignabo) , Yaya Badji , Responsable du SELS à Goudomp, deux enseignantes et une demi – douzaine de collègues, retenus dans les locaux du Commissariat Central du Centre Ville, de 12 heures jusqu’àux environs de 16 heures pour enfin être libérés. Non sans être acclamés et accueillis comme des héros de guerre.
Au sortir des locaux du Commissariat, Souleymane DIALLO, SG du SELS/ A , face à votre serviteur qui a eu l’exclusivité de l’ événement, à savoir la libération des interpellés, a fait une analyse lucide et virulente de la situation.
IL affirme que » j’ai deux sentiments. Premièrement, un sentiment de satisfaction . Car la mobilisation de Ziguinchor, le regroupement et la marche que nous avons tenus ont connu un succès retentissant, j’ allais dire inespéré en termes d’engagement, de mobilisation et surtout de détermination face à l’adversité . Nous avons montré à l’ Etat, au Gouvernement du Sénégal que nous n’avons pas peur d’ affronter l’injustice mais également la violence qui s’est traduite au cours de cette manifestation que nous dénonçons. Le deuxième sentiment, c’est le regret et la désolation de constater nos nombreux blessés que nous allons visiter tout de suite.Nous dénonçons donc cette forfaiture, ce déni de justice et de violation de libertés. Nous sortons donc du bureau du Commissaire Central qui a libéré tous nos camarades arrêtés ».
D’ où l’ idée de la réunion d’évaluation ,en fin de journée pour  » tirer tous les enseignements de cette activité de Ziguinchor , à savoir les blessés, les arrestations et la violence perpétrée et , en début de semaine prochaine faire une évaluation globale de toutes les Assemblées Générales tenues pendant les dernières 24 heures pour déterminer la conduite à tenir. Mais, en tout état de cause,nous réaffirmons notre détermination et notre engagement à mener ce combat jusqu’ à satisfaction totale de nos revendications. »
En terminant son speech, il a tenu à apporter des éclaircissements par rapport à la rumeur qui faisait état de leur prétendu désengagement ou désolidarisation face au G6, à la lumière des propositions du Président de la République, Macky SALL, d’ augmenter l’ indemnité de logement à 85000 frs CFA, et eu égard à sa connivence avec le régime en place.
Souleymane DIALLO, les balayant d’ un revers de la main, avec véhémence, dira que » c’est de l’intoxication, c’ est de la manipulation qui relève de la diversion. Je l’ ai réaffirmé ici à Ziguinchor, au cours de l’ AG et à travers les média. Donc nous sommes membres fondateurs du G6, nous continuons à lutter dans le G6 et c’ est dans le cadre du G6 que nous trouverons satisfaction à nos revendications ».
Il faut dire que la Marche de Ziguinchor, malgré la  très forte mobilisation , l’ engagement et la détermination des enseignants , non seulement à braver la chaleur accablante de ce Mercredi  12 AVRIL 2018 et à résister aux assauts des forces de l’ordre en essuyant bon gré mal gré l’ âcreté de la fumée des gaz lacrimogènes, aura surtout laissé des plumes mais également laissé un goût d’ inachevé et des sentiments d’amertume, de désolation face aux traitements à eux infligés par les autorités de la place.
Devant ce décor lugubre, cette situation délétère, des interrogations s’ imposent, en se basant sur les réactions des uns et des autres:
Le Gouvernement, en interdisant spécifiquement la Marche Nationale du G6 à Ziguinchor, contrairement aux autres régions, ne jette t-il pas de l’huile sur le feu des enseignants?.
Macky SALL n’a t-il pas perdu une occasion de se saisir de cette opportunité, autorisant la marche qui se voulait pacifique, pour consolider son capital confiance et estime par les Casamançais, à l’ orée des Présidentielles de 2019?.
Et quelles seront les conséquences d’une telle répression face à un vivier électoral qui l’a propulsé en 2012?
Les prochains jours nous édifieront.
                                                                    Oumar Jean DIATTA  ( Ziguinchor)

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