Tension économique au Sénégal l’économiste EL Hadji Mansour Samb prend le contre-pied de Birirma Mangara

Après la sortie de l’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum parlant de tensions de trésorerie au Sénégal, le ministre du Budget a battu en brèche. Selon Birima Mangara, «Tout ne va pas comme dans le meilleur des monde, mais l’économie sénégalaise se porte bien». Cependant cette sortie n’a pas mis un terme à la polémique. Un autre économiste, El Hadji Mansour Samb, auteur du livre «Les limites du Pse», a fait une sortie pour donner les preuves de cette tension.

Malgré les précisions du ministre du budget, le débat sur la tension économique au sénégal n’est pas encore clos. Après Mamadou Lamine Loum, un autre économiste, El Hadji Mansour Samb, auteur du livre «Les limites du Pse» sort ses arguments. «La tension de trésorerie est une réalité au Sénégal», souligne-t-il dans un texte intitulé «Eclairages sur la tension de trésorerie au Sénégal». Il en veut pour preuve «les arriérés de paiement de l’Etat». «Les étudiants en ont souffert à cause de l’argent du à Ecobank. Les enseignants en souffrent à cause de l’argent dû au titre des avancements et rappels. Les étudiants orientés dans les écoles privées en souffrent à cause de l’argent dû à leurs établissements d’accueil. Les hôpitaux et centres de santé en souffrent à cause de l’argent dû au titre de la Cmu. Les employés des entreprises de Btp en souffrent à cause de l’argent dû à leurs entreprises. Brefs tous les fournisseurs de l’Etat en souffrent», développe l’économiste.

 Arriérés de paiement

El Hadji Mansour Samb précise que l’Etat séné- galais a l’obligation d’honorer ses obligations financières vis-à-vis de ses fournisseurs dans les 90 jours suivant la fourniture de services ou de crédits. Sinon cela devient un «arrièré de paiement». Et cela a une incidence sur la santé financière des entreprises et de l’économie, souligne l’économiste. «Les arriérés de paiement sont très dangereux pour l’économie d’un pays. Ils fragilisent la consommation des ménages (provoque le retard de paiement des salaires) et l’investissement des entreprises (crée aux entreprises des problèmes de trésorerie). Si on sait que l’économie est un jeu de consommation et d’investissement, donc les arrières de paiement bloquent ou ralentissent l’activité économique d’un pays ce qui augmente la pauvreté», arguemente-t-il. Dans son texte, l’auteur du livre «Les limites du Pse» donne les causes de ces arriérés. Pour lui, deux phénomènes sont à l’origine des retards de paiement : «la remontée du prix du baril de pétrole et le déficit croissant de la balance des revenus». En tant que Pays moyennement avancé (Pma), l’économie sénégalaise est définie par le prix du baril de pétrole, relève-t-il. L’autre déterminant de l’économie des Pma ne concerne pas le pays. En effet, il ne craint rien d’un relèvement du taux directeur de la banque centrale américaine puisque le Cfa est arimé à l’euro.

Effet de la remontée du prix du baril sur l’économie

L’effet de la remontée du prix du baril se mesure sur le Plan Sénégal émergent. En juin 2014, quand le Pse a éré lancé, le baril tournait autour 30 dollars. Deux ans après, rappelle-t-il, il a connu une baisse de 75%. «Une situation qui avait permis aux finances publiques de souffler parce que le plus grand poste de dépense de l’Etat est la facture énergétique», souligne-t-il. Aujourd’hui, le baril est à 70 dollars. Cela a pour conséquence le doublement de la facture énergétique du pays. «Ce qui complique encore les choses et qu’en pleine chute du prix en décembre 2016, l’Etat avait diminué pour les ménages le coût de l’électricité et qu’aujourd’hui il ne peut plus l’augmenter pour faire face aux nouvelles charges. Cette augmentation du prix du baril affecte la trésorerie de l’Etat et crée des arriérés de paiement qui peuvent plomber les acteurs de l’économie», fait savoir l’économiste.

Déficit croissant de la balance des revenus

Le deuxième phénomène qui est à l’origine des arriérés de paiement, le déficit croissant de la balance des revenus est «surtout due à l’importance des sommes transférées à l’étranger pour le paiement net des revenus». D’après M. Samb, c’est «la participation à grande échelle du capital étranger (entreprises étrangères) à la croissance» qui est à la base de tout cela. «Les entreprises étrangères construisent les projets de l’Etat et rapatrient tous leurs revenus chez eux», dit-il. Ces sommes sont transférées au titre de «transfert de profit, transfert de dividende, transfert de salaires des étrangers et le paiement des intérets de la dette». Il s’appuie sur des chiffres de la Dpee pour étayer son propos. «D’après les dernières données de 2016, plus de 50% de la croissance a été transférées à l’étranger en 2016. Entre 2012 et 2016 plus de 2 milliards de dollars ont été transférés à l’étranger. Si on fait le solde entre les revenus transférés et les revenus reçus cela fait 3,3% du PIB. En 2016, 3,3% du PIB a été transférés. D’après le dernier point économique de la Dpee la balance des revenus (transférés et reçus) a accusé en 2016 un déficit de 290,9 milliards et en 2017 elle s’était dégradée encore de 23,1 milliards accusant un déficit de 314 milliards», dit-il. Le service de la dette grève le budget du pays. La loi de finance 2018 avait renseigné une dette de 732,49 milliards pour 2017. «Ce service de la dette devait selon les prévisions budgétaires atteindre 839 milliards en 2018, 839 milliards transférés hors du pays comme service de la dette extérieure», renseigfne-t-il.

Deux marges de manoeuvre

Mais pour El Hadji Mansour Samb, il y a encore une porte de sortie. «Aujourd’hui l’Etat n’a que deux marges de manœuvre pour se faire de l’argent frais : ses 55% à la Sar (ses actions à la Sar) qu’il peut céder à hauteur de 30% et l’argent du Fmi», propose-t-il. Pour les actions à la Société africaine de rafinnage, M. Samb explique que le Pdg sénégalais Khadim Ba qui est détenteur des 35% veut que l’Etat lui cède 15% «comme promis dans le protocole». «Mais l’Etat traine les pieds et tout le monde a peur aujourd’hui que l’Etat ne les cède à Total qui est revenu à 20% des actions après que le président les avait dégradé en 2007 jusqu’à 10%», déclare-t-il. Pour le recoiurs au Fmi, ce n’est plus possible depuis que le le président Abdoulaye Wade a mis un terme au programme d’aide financière en 2007. Aujourd’hui, le Fmi déroule un programme conseil dans le cadre de l’Ispe (Instrument de Soutien à la Politique Economique. L’auteur de ce texte doute que l’actuel ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba, revienne sur cette décision.

24Heures