SUPPOSÉE BAMBOULA FINANCIÈRE, BICÉPHALISME DANS LA GESTION DU FOOTBALL SÉNÉGALAIS :Gagner la CAN 2019 ou démissionner…

Quelques semaines après l’Assemblée Générale élective de la Fédération sénégalaise de football tenue le Samedi 12 Août 2017, le président de la commission sportive de l’ASC HLM, Alpha Badji avait, dans un entretien accordé à notre quotidien, tiré à boulets rouges sur les fédéraux et dénoncé une véritable bamboula financière dans la gestion de la campagne CAN Gabon 2017.

La levée de boucliers qui avait suivi sa déclaration considérée comme une tentative de règlement de compte avait révélé une certaine propension de la bande à Augustin Senghor à toujours vouloir jeter l’anathème sur leurs contempteurs qu’ils accusent le plus souvent de vouloir saborder le travail de la fédération.

C’est cette posture qui a encore été adoptée dans le journal Record du Samedi 11 Mai 2019 quand il s’est agi de répondre aux terribles révélations du quotidien Libération qui, dans son édition du jeudi 9 Mai 2019 révélait l’existence, documents à l’appui, d’un scandale financier au sein de la Fédération sénégalaise de football.

Nos confrères, suite à l’Assemblée générale de la fédération tenue le 4 mai, se sont intéressés au bilan financier présenté par l’équipe fédérale. Sur les fonds gérés avant, pendant et après la coupe du monde Russie 2018, le quotidien Libération pointe comme l’avait du reste fait Alfa Badji, un scandale financier dans la gestion de la dite campagne.

Entre autres points soulevés, nos confrères de Libération ont indexé une dette de près de 100 millions de francs de CFA due par le ministère des sports curieusement effacée à la dernière minute du rapport financier présenté. Et ce, contre l’avis du président de la commission financière Mame Adama Ndour !!!

Augustin Senghor se perd dans ses explications

Dans sa réponse toujours dans le journal Record, le président de la fédération, loin de s’expliquer sur la somme en question, a préféré, comme à son habitude rester évasif. «Des gens essayent de créer un conflit entre la fédération et le ministère des sports…», a-t-il avancé.

Même s’il ne peut manquer au sein de la fédération des gens qui veulent créer un conflit, pour diverses raisons, la question est on ne peut plus claire. La dette du ministère des sports a-t-elle été effacée malgré le refus du président de la commission financière ?

Quid de la dette des lions ?

Des joueurs dans l’article du quotidien Libération ont aussi été indexés, pour avoir fait voyager leurs proches avec un engagement de leur part, de payer la facture. Ils ne se sont jusque là pas exécutés et restent devoir près de 75 millions à la fédération.
Le fait de prendre en charge les familles des joueurs n’est pas une mauvaise chose, seulement, il faut déterminer les critères et le montant, mais il faut surtout le budgétiser. Voilà en fait ce qui dérange dans cette situation qui ressemble fort bien à un pilotage à vue.
Une bonne planification de nos finances aurait évidemment empêché à Cheikh Ndoye et Mbaye Niang de crever le plafond avec plus de 23 millions au moment où d’autres varient entre 2 et plus de 3 millions.
Et que dire de Régis Bogaert l’adjoint de Cissé de même que Lamine Diatta et Omar Daf qui figurent dans le lot ?

«Si le comité exécutif m’avait suivi, nous passerions l’éponge»

Cette position défendue par le président de la fédération Augustin Senghor qu’il justifie par les sacrifices consentis par les joueurs et par le fait que «d’autre pays comme la France prennent en charge les familles des joueurs» ne semble pas avoir convaincu ses pairs qui ont pourtant bien fait figurer cette dette dans le rapport financier.

En matière de gestion des compétitions, la France n’est pas le Sénégal

L’exemple brandi par notre cher avocat n’est pas le bon et quelque part dans sa ligne de défense, il entretient l’amalgame. En France, il avait été décidé autant pour l’Euro 2016 que pour la coupe du monde Russie 2018 que les familles des joueurs pouvaient, sur invitation de la fédération française de football, faire partie des délégations officielles.

En France, c’est la fédération qui gère le budget de toutes les campagnes, le ministre des Sports n’est aucunement mêlé dans la prise en charge des délégations. Mieux, il n’ose même pas faire voyager le plus petit français avec l’argent du contribuable. Jusqu’à se retrouver avec une dette de près de 100 millions de francs, c’est dire…

«L’argent de la Fédération appartient à l’État», rétorque le ministre des Sports Matar Ba

Interrogé dans les coulisses de l’émission Quartier général de ce jeudi 16 Mai, le ministre des Sports a renvoyé nos confrères sur la question de la dette, à la réponse du président de la fédération avant de confesser : «Pour qui connait l’histoire du football, si on en arrive à ce que la fédération soit en mesure de payer une facture de l’Etat, il faut le saluer. Tout comme, il faut se féliciter de la collaboration qui existe entre l’État et la fédération», a-t-il déclaré.
La collaboration, voilà en fait, ce qui explique, pour en revenir à la question du fait cocasse souligné par le quotidien Libération (le compte de la fédération débité du même montant) pourquoi la fédération a pris la décision de prendre en charge la dette du ministère des Sports. C’est tellement simple. Mais, pourquoi ce deux poids deux mesures ?
En réalité, cette réponse du ministre interpelle sur le retard malheureusement constaté du continent africain dans beaucoup de domaines des Sports. Matar Ba, dans ses réponses, a ainsi montré le véritable axe stratégique qui peut développer notre football c’est-à-dire la capacité de la fédération à se prendre en charge, de toutes les fédérations africaines d’ailleurs. Autrement, l’Afrique qui se trouve confrontée (pour la majorité des pays africains) à une sorte de «bicéphalisme» entre ministères des Sports et Fédérations sportives qui sont quasi dépendantes des maigres budgets alloués par les Etats, aura du mal, au plan mondial, à atteindre le niveau de compétitivité espéré.

Faut-il changer la donne et développer notre football autrement que par l’appui de l’État ?

On ne peut tout attendre de l’Etat car le football contemporain, pour ne pas dire le sport de haut niveau, est devenu un véritable business qui nécessite un savoir-faire et une parfaite capacité managériale. Il faut une bonne ingénierie financière.
En dehors de l’argent généré par les participations des différentes équipes nationales de football, l’équipe du président Senghor dépend du budget alloué au ministère des Sports. La vérité est que les fédéraux qui ne sont pas capables de vendre l’image des lions encore moins le football sénégalais se complaisent dans une telle situation.

Les recettes commerciales, le talon d’Achille de la fédération de football

L’organisation d’événementiels, malheureusement c’est à ce niveau précisément que la fédération est en train d’étaler toutes ses insuffisances. Depuis l’avènement de l’équipe du président Augustin Senghor à la tête de notre football, les lions n’ont pratiquement pas disputé de matches amicaux de référence (contrairement aux années 2000 et 2002) ni devant le public sénégalais, encore moins à l’étranger. Et pourtant, les agents de matches qui ne rêvent que de monter les rencontres du Sénégal ne manquent pas. Qui ne rêverait pas de voir jouer un Sadio Mané, un Kalidou Coulibaly, un Diao Baldé etc…
Oui le Sénégal est un bon produit, oui Sadio Mane est un bon produit, seulement, il faut faire preuve de savoir-faire pour vendre l’image de nos lions et, au-delà, le football sénégalais.
Pour rappel, sur la route du mondial 2002 disputé au Japon, le Sénégal avait joué quatre matches amicaux et pas des moindres. Sénégal-Equateur 1-0 (2001) Japon-Sénégal 0-2 (2002) Sénégal-Bolivie 2-1 (2002) et Arabie Saoudite-Sénégal 3-2 (2002). No Coment comme disent les Anglais.

S’inspirer des grandes nations de football

Au sortir de la dernière coupe du monde Russie 2018, la fédération française de football dirigée par Noël Le Graët a présenté pour la saison 2019- 2020 un budget prévisionnel de 250,2 M€ (faites vos calculs) basé principalement sur des recettes commerciales.
En vérité, ce sont les recettes commerciales qui font fonctionner les fédérations (droits télés entre autres). Malheureusement au Sénégal, si ce ne sont les fonds générés par les grandes compétitions, on préfère sagement attendre l’aide de l’État. Quitte à rater les dates FIFA. Quitte aussi à faire des choix de préparation incompréhensibles.
Toujours pour le rappeler, sur la route de la CAN Gabon 2017, les protégés de Cissé sont restés presque une année sans disputer le plus petit match amical !!! Que dire de la coupe du monde Russie 2018 où ils ont dû s’exiler au Maroc pour se préparer ? La liste est loin d’être exhaustive.

L’absence d’infrastructures, un sérieux handicap

Il faut, cependant, le souligner, à la décharge des fédéraux. On ne peut organiser des matches amicaux de référence (en tout cas au Sénégal) avec une quasi inexistence d’infrastructures sportives dignes de ce nom. C’est à ce niveau que l’Etat est interpellé. Autrement, on ne peut que se féliciter de la bonne collaboration et où s’interdire d’être mis en mal avec le ministère.
Entre bicéphalisme et supposés scandales ou Bamboula, le football sénégalais ne parvient toujours pas à trôner sur le toit du football africain. Espérons que la Can Egypte 2019 sera enfin la consécration et l’aboutissement du rêve de voir la bande à Sadio Mane offrir au Sénégal son premier trophée continental. C’est tout le mal que nous souhaitons à la Fédération sénégalaise de football Autrement, il faudra tout simplement songer à démissionner..