Stormy Daniels actrice Porno »Après notre relation intime,Trump a essayé de me payer. Et je ne savais pas quoi en penser »

Les 130.000 dollars versés juste avant la présidentielle pour faire taire l’actrice porno pourraient constituer des violations des lois électorales.

Par L’Obs
Publié le 25 mars 2018 à 09h06

Une ex-star du porno, une Playmate et un président accusé d’adultères… L’affaire « Stormy Daniels » doit-elle être reléguée aux sordides unes des tabloïds américains ? L’ancienne actrice de films pour adultes, Stephanie Clifford de son vrai nom, accuse l’avocat de Donald Trump de lui avoir fait signer un « accord de confidentialité » en 2016 et versé 130.000 dollars pour qu’elle taise avoir eu des relations sexuelles avec lui en 2006, alors qu’il venait d’épouser Melania, et ce quatre mois après la naissance de leur fils Baron.

La campagne médiatique de Stephanie Clifford devrait trouver son apogée ce dimanche soir, lors de la diffusion d’un entretien accordé à l’émission « 60 minutes », sur la chaîne CBS. De quoi faire la joie de la presse caniveau. Mais cette affaire pourrait avoir des implications qui dépassent amplement la sphère people – d’autant que « Stormy Daniels » est loin d’être seule à accuser le président américain d’avoir tenté de la faire taire en pleine campagne électorale.
Menaces physiques

Le 12 janvier dernier, le « Wall Street Journal » révélait qu’un avocat de Donald Trump avait versé de sa poche, durant la campagne présidentielle, 130.000 dollars à l’ex-actrice de films pornos afin qu’elle taise une relation sexuelle avec le magnat de l’immobilier en 2006. La transaction, entre Michael Cohen et Stephanie Clifford, avait été négociée un mois avant l’élection présidentielle remportée par Trump. « Stormy Daniels » racontait en privé avoir eu des rapports sexuels avec Donald Trump à partir de juillet 2006, une relation qui aurait duré « une bonne partie de 2007 » – « Il était assis sur le lit et il disait :’ Viens ici.’ Et je me disais ‘pouah, on y va' », confiait-elle dans une interview au magazine people « InTouch » en 2011, non publiée à l’époque et sortie depuis dans les médias. Trump, lui, nie en bloc avoir eu toute relation intime avec elle.

L’avocat de Daniels, Michael Avenatti, a également déclaré sur plusieurs chaînes de télévision américaines que sa cliente avait fait l’objet de menaces physiques et de « tactiques coercitives » pour la forcer à garder le silence, ce qu’elle devrait détailler sur CBS.

« Stormy Daniels » a porté plainte contre Michael Cohen pour faire invalider l’accord de confidentialité, affirmant qu’il n’est pas valide car Donald Trump ne l’a pas signé lui-même. Les avocats de Michael Cohen affirment de leur côté que Stephanie Clifford a enfreint plus de 20 fois cet accord et qu’ils sont en droit de lui réclamer… pas moins de 20 millions de dollars de dommages et intérêts ! L’actrice, elle, a proposé à Trump de lui rembourser les 130.000 dollars contre sa liberté de parole, en vain. Une date d’audience est pour l’instant fixée au 12 juillet pour examiner la demande d’invalidation de l’accord. Entre-temps, l’ex-star du X ne se prive plus de raconter son histoire avec le désormais président.
Violations des lois électorales

Michael Cohen a reconnu avoir réglé sur ses deniers personnels cette transaction via son entreprise de conseil Essential Consultants. Mais il n’a pas expliqué pourquoi il avait effectué ce versement, ni si Donald Trump en avait été informé.

Problème : ce faisant, le président et son équipe de campagne pourraient avoir violé la loi sur le financement de campagne. C’est la thèse de l’organisation Common Cause, qui a saisi la commission électorale (Federal Election Commission ou FEC) et le département de la justice. Donald Trump et son avocat pourraient être auditionnés à l’issue de cette enquête.

Car les 130.000 dollars versés quelques jours avant l’échéance du 8 novembre 2016, jour de la présidentielle, pourraient être considérés comme des violations des lois électorales et des tentatives d’influencer l’élection. Cet argent aurait en effet dû être intégré dans les comptes de campagne du candidat, détaille Common Cause. D’après les avocats de l’actrice, Donald Trump n’aurait pas signé l’accord à dessein afin de pouvoir nier par la suite, et était cependant forcément informé, car le code de déontologie y obligeait son avocat.

Michael Cohen affirme qu’il s’agit d’une « transaction privée » – ce qui ne fait pas vraiment sens, dans la mesure où il travaillait alors pour Donald Trump. Et cela en dit long sur les pratiques de ses équipes, pointe une chroniqueuse du « New Yorker » :
«  »Cela donne à voir une image de la ‘Trump Organization’ comme un lieu où tout ce que l’entreprise n’est pas censée faire pourrait être fait sous couvert de faveur personnelle, pouvant être déguisé en acte d’amitié ou de loyauté. » »

« La Maison-Blanche façon Trump semble beaucoup fonctionner comme la Trump Organization, en termes de flou des frontières », ajoute l’écrivaine. « 30.000 dollars pour le service de restauration de Ben Carson, 40.000 pour la cabine insonorisée de Scott Pruitt, un million pour les vols militaires de Steven Mnuchin. Les fils du président rencontrent des personnalités politiques étrangères lors de voyages d’affaires, sa fille joue un rôle diplomatique auprès des dirigeants de pays où elle a des intérêts commerciaux […]. Il est important de savoir qui paye qui et pour quoi. »
Une centaine d’affaires similaires ?

Cette affaire semble être tout sauf un cas isolé : d’après l’avocat de « Stormy Daniels », six autres femmes affirment avoir eu des liaisons avec Donald Trump, dont certaines auraient aussi signé des clauses de confidentialité. Dans son livre « Fire and Fury », Michael Wolff citait également l’ancien conseiller du président Steve Bannon, déclarant que pas moins d’une centaine d’affaires similaires auraient été réglées par Marc Kasowitz, un avocat de Trump, pendant la campagne présidentielle.

Trump, Bannon et « Fire and Fury » : la polémique en 6 actes

La bataille judiciaire et d’ailleurs monté en pression ce mardi, pour devenir carrément orageuse. Une ancienne Playmate du magazine érotique « Playboy » a elle aussi porté plainte pour demander d’invalider la clause de confidentialité qu’elle a signée pour garder le silence sur sa « relation romantique » de 10 mois, en 2006 et 2007, avec le président. Karen McDougal affirme avoir reçu 150.000 dollars pour son silence et affirme que la moitié a été reversée à son avocat qui était selon elle en collusion avec le camp Trump.

L’ancien mannequin a expliqué à CNN qu’elle avait elle aussi eu une première relation sexuelle en 2006 avec Donald Trump dans un hôtel de Los Angeles.
«  »Après notre relation intime, il a essayé de me payer. Et je ne savais pas quoi en penser », raconte-t-elle. »

« Je l’ai regardé et je lui ai dit, je ne suis pas comme ça, je ne suis pas ce genre de fille », ajoute l’ancienne Playmate, qui dit que cet épisode l’a rendue « très triste ». « Cela m’a fait mal », raconte-t-elle, ajoutant avoir pleuré à l’arrière de la voiture qui l’avait ramenée chez elle. Malgré tout, Trump et elle ont ensuite passé « beaucoup de temps ensemble ». « C’était une vraie relation. Il y avait des sentiments entre nous deux », affirme-t-elle, ajoutant s’être sentie « coupable » vis-à-vis de Melania Trump, à qui elle a présenté ses excuses sur CNN :
«  »Que dire sinon : je suis désolée, je suis désolée. » »

Depuis que cette liaison a été révélée dans la presse, elle dit faire l’objet de pressions et menaces pour ne pas parler aux journalistes, tandis que l’équipe légale de Trump ne cesse de disséminer des informations la dénigrant pour la décrédibiliser. Les 150.000 dollars versés pourraient également constituer une violation des lois électorales et une tentative d’influer sur l’élection.
« Il a enfreint des lois pour étouffer l’affaire »

Des médias américains ont également révélé que « Stormy Daniels » avait passé un test au détecteur de mensonges en 2011 afin de prouver qu’elle ne mentait pas sur sa relation passée avec le président. Mardi, son avocat a publié une photo d’elle sanglée sur une chaise, en train de passer l’examen.

Le rapport de cet examen réalisé en mai 2011 à la demande du magazine « In Touch » dit qu’elle ne ment pas lorsqu’elle affirme avoir eu un rapport sexuel non protégé avec Donald Trump en juillet 2006.

Intimidation, chantage… cette affaire, qui pourrait encore prendre de l’ampleur si d’autres femmes forcées de se taire brisent le silence, ne vient pas non plus arranger l’image d’un président accusé par plusieurs femmes de harcèlement et d’agressions sexuelles remontant à plusieurs années. Sans oublier cette vidéo de 2005 dans laquelle Trump se vantait de pouvoir attraper les femmes « par la chatte ». D’ordinaire si prompt à fustiger ses détracteurs sur Twitter, Trump, également embourbé dans l’affaire de l’ingérence russe durant sa campagne, n’a toujours pas réagi aux plaintes de Stormy Daniels et Karen McDougal.

Ce jeudi, son épouse publiait une photo tout sourire aux côtés de son mari sur le réseau social. C’était sa première « carte postale » célébrant leur couple depuis l’éclatement du « StormyGate ».

Senbusinet avec LeMonde

 

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