Réformes à La Poste:Macky Sall et le FMI « pointent » une banque Postale

L’achèvement des réformes globales de la Poste a été parmi les principales questions soulignées lors de la sixième revue de l’accord au titre de l’instrument de soutien à la politique économique ISPE entre le Sénégal et le fond monétaire international FMI qui a été sanctionné par le communiqué de presse n° 18/271en date du 2 juillet 2018.

La SN la Poste amorce sa mutation. Des mesures ont été prises afin de réduire de façon conséquente les besoins de financement hors budget liés à la difficulté (structurelle) notée dans le cadre de la compense. Ce, suite à l’audit des opérations financières de La Poste réalisé par la BCEAO fin 2017. Selon le rapport du FMI «ce besoin de financement a été réduit au premier trimestre 2018 à moins de 1 milliard de francs CFA, contre environ 16 milliards de francs CFA l’année précédente à la même période». En outre, les services du FMI ont préconisé la création d’un nouveau compte à la BCEAO réservé à l’encaissement des chèques postaux afin de rompre définitivement le lien financier entre la Poste et le Trésor.

Pour information, ce lien financier s’explique par le simple fait que la Poste ne remplissait pas les conditions d’éligibilité pour être considérée comme un établissement financier. Ce qui avait conduit l’État à travers le trésor public à se porter garant auprès de la BECEAO de toutes opérations de la Poste en matière d’émission et de paiement de chèques postaux.

Une étude de la dette supportée par l’État du Sénégal démontre que depuis plus d’une décennie de gestion, les directeurs généraux qui se sont, tour à tour, succédé à la tête de la poste n’ont pu honorer leurs engagements vis à vis du trésor public. La dette de la Poste avait donc  fini  par atteindre un niveau considérable (150 milliards) au point d’être indexée par les services du FMI qui avaient préconisé des mesures fortes notamment une privatisation sauvage de l’entreprise.

Pour régler définitivement la question de la Poste, le président de la république Macky Sall avait instruit les différents services concernés MEFP et la tutelle financière de la Poste pour la tenue d’un conseil interministériel.

Ainsi  à travers cette rencontre,il a été préconisé: la signature d’une Convention de règlement de dettes croisées entre l’Etat du Sénégal et le Groupe SN La Poste, avec l’apurement partiel des arriérés de compensation financière dus au Trésor public ; la recapitalisation par conversion d’une partie des créances de l’Etat sur le Groupe SN La Poste ; la signature d’un contrat de performance entre l’Etat et la SN La Poste ; la mise en place d’une comptabilité analytique qui donnera une base de calcul pour la revalorisation de la rémunération du service public; la transformation de PosteFinances (la filiale qui gère l’activité para bancaire) en une banque postale. Ces leviers ont servi de cadre de réflexion et de travail entre les services du ministère des Finances et le Fond monétaire international

D’où la nécessité soulignée par les services du FMI de voir La Poste mener des réformes essentielles, notamment «en améliorant l’efficience du groupe La Poste et en traitant sa filiale financière, PosteFinances, comme un établissement financier». Au sens du texte la Poste, à travers sa filiale financière, deviendrait « collecteur de dépôts placé sous la tutelle de la BCEAO » donc avec un statut d’établissement financier au vrais sens du terme.

Cette transformation de l’entreprise mettrait donc fin au système de compensation qui en pratique «faisait du ministère des Finances le prêteur en dernier ressort de SN Poste»

Selon toujours le rapport de la 6e revue trimestrielle, «une fois ces réformes achevées, l’État devrait recapitaliser la Poste et faire en sorte que les fonds prévus dans le budget soient suffisants pour couvrir les pertes d’exploitation annuelles (rémunération du service public) qui ont nécessité la signature de la convention de dette croisée entre le trésor et la SN La Poste».

Macky Sall défend la poste et opte pour la mise en place d’une banque postale 

Lors d’un conseil présidentiel tenu le lundi 5 Décembre 2017 (voir Dakar Actu) le Président de la République avait clairement souligné la nécessité de reconsidérer la dette de la Poste vis à vis du trésor public. «J’ai demandé au ministre des Finances de voir ce qu’on doit aussi à la Poste, il ne faut pas que cela soit dans un seul sens, je sais qu’avec les bourses familiales c’est la poste qui avance et elle reste longtemps sans être payée. C’est un secteur en difficulté partout dans le monde, il faut qu’elle s’adapte au risque de disparaitre et pourquoi pas en mettant en place une banque postale», avait-il déclaré.

«Alea jacta est», la messe est dite. La question de la dette de l’État vis à vis de la Poste, définitivement réglée, et les mécanismes du basculement de la filiale financière vers un statut d’établissement bancaire mis sur orbite, l’on va dans les prochains jours vers la création d’une Banque Postale. L’ISPEest un instrument du FMI conçu pour les pays qui n’ont pas nécessairement besoin des concours financiers du FMI, ou ne souhaitent pas y faire appel, mais cherchent à recevoir du FMI ses conseils, son suivi et son aval. Pour rappel l’ISPE aide les pays à élaborer des programmes économiques efficaces qui, une fois approuvés par le Conseil d’administration du FMI, constituent un signal à l’endroit des bailleurs de fonds, des banques multilatérales de développement et des marchés, leur indiquant que le FMI appuie les politiques du pays membre. Cependant des questions de fond demeurent et pas des moindres, car il faudra maintenant définir avec les travailleurs la géographie du capital de cette toute nouvelle institution bancaire. Une toute autre paire de manches.

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