Mamour Cissé à coeur ouvert dans Décodage »Ce qui me choque dans ce pays… »

Insaisissable homme de confiance et directeur de cabinet de Me Abdoulaye Wade entre 2011 et 2012, Mamour Cissé, leader du Parti Social démocrate (Psd/Jant Bi) dépoussière l’actualité. Il était l’invité ce samedi de l’émission Décodage sur Touba TV.

Gouvernance, l’erreur des élites
Nos pays n’ont rien à envier aux autres sur un modèle de développement. L’individualisme pose problème dans nos sociétés. C’est pourquoi, je ne me sens pas à l’aise dans un capitalisme sauvage. Le modèle de développement ultra libéral pose problème. La colonisation est apparue sous de nouvelles formes avec les institutions comme le Fonds Monétaire et la Banque Mondiale. On n’a plus d’État, ni de société d’état. Il a fallu la venue du président Abdoulaye Wade pour que nous puissions faire des efforts sur la bourse des étudiants. Il avait la volonté d’investir sur les jeunes pour assurer la pérennité de notre État. Aujourd’hui, les dirigeants pensent qu’ils ont obtenu le pouvoir grâce aux étrangers et particulièrement la puissance colonisatrice. Ils ont mis dans leur tête que tout ce que la France dit doit être fait. Tout ce qu’on a comme richesse est entre les mains des étrangers. Les opérateurs économiques nationaux n’occupent pas le cœur de l’activité économique de notre pays. D’ailleurs des hommes d’affaires sénégalais vont se réunir ce week end pour créer leur club d’investisseurs (Team Sénégal ce samedi, ndlr) parce qu’ils ont vu que tout ce qui est source de richesse a été remis par le gouvernement aux français, turcs, etc.

Est-ce qu’aujourd’hui, on a besoin du TER (Train Express Régional), ce mauvais choix stratégique pour aller à Diass alors qu’on a déjà une autoroute à péage. Ce n’est pas une priorité. Ce qui fait qu’ils sont en train de gouverner dans la douleur. Les priorités publiques devaient faire l’objet d’un dialogue à partir des recettes ordinaires du pays. Aujourd’hui, le Sénégal doit s’aligner sur les pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana. La forme de corruption, aussi, est intenable. Prenez l’exemple du Rwanda qui, sur la base d’un patriotisme collectif, est en train de réussir des bonds importants.

Dérives au Crous et du MEER à la Présidence

L’État est un symbole et c’est abstrait. Mais c’est une puissance incommensurable parce qu’il y a un pouvoir entre les mains de quelqu’un. Le président de la République a deux casquettes : président de son parti et président de la République. Beaucoup de situations inédites sont constatées : des magistrats, des militaires qui démissionnent pour rejoindre le champ politique. Il faut réconcilier les sénégalais avec le sens des responsabilités, surtout chez les politiciens. Ce que ces sauvageons, ces garnements-là ont fait au palais n’est pas joli à voir. La présidence est un symbole.

Dessert Gate et Affaire Idrissa Seck

Un leader ne doit pas improviser. C’est une sortie malheureuse et Macky Sall en est sans doute conscient, avec le recul. Je mets dans la même veine la sortie d’Idrissa Seck. Qui sont ceux-là qui se déclarent Procureur de Dieu sur terre pour dire qu’un tel ne fait plus partie de l’islam ? Au nom de quoi ? Ils n’ont pas le monopole du cœur. Il faut savoir pardonner. Dire aussi que ce n’est pas la France qui a élu Macky Sall mais c’est le peuple sénégalais. Ce qu’on demande au Président Macky Sall, c’est de défendre les intérêts de son pays. Aujourd’hui, l’Europe devient vieille et si nous avons les dirigeants qu’il faut, elle serait obligée de courir derrière nos pays, d’ici quelques années. Il faut décomplexer nos relations avec elle et c’est possible. Abdoulaye Wade nous a montré le chemin.

Sur la téléphonie, notre contrat avec orange : ça me choque.

Où est le patriotisme dans ces actes posés dans le secteur de la téléphonie ? C’est pourquoi, les sénégalais devraient revoir leur choix de vote.

Contrats Pétroliers, le sauve qui peut !

A un moment donné sur cette affaire du pétrole, je n’avais pas compris le comportement de Thierno Alassane Sall. Après l’avoir écouté au cours d’une émission, je me suis faite une religion dans ce dossier. Il y a des choses innommables dans cette affaire. Les députés sénégalais doivent être conscients que c’est le peuple qui les a portés à ce niveau. Si le dossier du pétrole n’est pas transparent, leur responsabilité est engagée entre eux et Macky Sall et demain, si une autre alternance survient au Sénégal. Il y a un doute persistant et beaucoup de discours. Ils doivent défendre les intérêts stratégiques, économiques et politiques de leur pays, même si on ne peut pas tout dire.

L’opposition ne peut pas aller à une discussion sur la gestion du pétrole alors qu’il a déjà paraphé les contrats avec la Mauritanie. Pourquoi y aller et devenir des faire-valoir ? Il n’appelle au dialogue que quand il est dans une mauvaise posture. Eux seuls savent ce qu’ils ont signés sur le pétrole. Pourvu que cela instaure la paix dans le futur. Ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir vont être audités demain.

Parrainage, le bâillon imposé aux potentiels candidats

Durant la onzième législature, l’Assemblée nationale avait des députés de haute qualité. Il y avait des cadres qui mettaient en minorité les ministres et leurs projets de loi. La position qu’on attendait des députés n’était pas le vote du projet de loi sur le parrainage et sans débat de surcroit. L’institution a un problème avec des gens qui s’insultent de mère. C’est un haut lieu de débat, l’Assemblée. Un pays normal doit avoir une opposition. Quand Sonko, Mamadou Lamine Diallo et autres prennent des positions, c’est normal. Le régime ne peut pas phagocyter tout le monde. La pensée unique ne doit pas passer. La commission ad hoc sur le parrainage est du saupoudrage. Ils ne font que jouer avec nous.Tous les africains vont nous rire sous cape.

Le parrainage va créer deux situations: la signature va poser un problème avec un taux d’analphabétisme élevé ;et une confusion totale. On va les laisser continuer sur leur logique. Le parrainage est un saut d’obstacle pour nous empêcher de participer à cette élection présidentielle. Si on ne règle pas ce problème, personne ne peut dire qu’il participera à l’élection. Ce ne sont que des déclarations d’intention qu’on entend. Il y a beaucoup de goulots d’étranglement dans ce processus du parrainage. Est-ce qu’on sera sûr que les signataires pour soutenir notre candidature ne le seront pas pour un autre ? Cela pose problème.

La nécessiteuse jonction de l’opposition

Elle a besoin d’une unité et non d’échappées solitaires. L’élection présidentielle est le rendez-vous d’un homme et de son peuple. Certes, il y a des gens qui mettent une coalition par rapport à leur sensibilité mais l’idéal est d’avoir cinq, six ou sept pôles pour aller à ces élections. Par ailleurs, l’opposition doit retourner vers le peuple, les organisations qui ont des difficultés et des frustrations et discuter. Il faut envoyer des délégations à Pikine, Guédiawaye, Castor, partout et des missions à l’intérieur du pays.

Rapport Wade et Macky

Le Président Abdoulaye Wade a tout fait pour Macky Sall. En 2011, j’ai essayé de rapprocher les deux hommes. Macky m’entend, il en sait quelque chose. D’ailleurs, je n’avais pas voté lorsqu’on diminuait son mandat à la tête de l’Assemblée nationale. On m’avait même taxé d’être inféodé à Macky Sall. La situation de leur rapport ne m’agrée pas. Macky Sall devait prendre de la hauteur avec Abdoulaye Wade qui a l’âge de son père. C’est grâce à lui que Macky Sall a déroulé pour avoir, après, la confiance des sénégalais. Il ne devait pas accepter qu’on interfère entre lui et Wade. Ensuite, ce dernier n’a qu’un seul fils et il l’a eu presque tardivement. Abdoulaye Wade a presque des relations de grand-père à petit-fils avec Karim Wade. Il l’aime trop. Il le prend et le met en prison. Ipso facto, il a fait de Wade son ennemi. Il devait tout contextualiser. Je ne vais pas désespérer pour les réconcilier, même si je ne vois plus Macky Sall. Beaucoup de tentatives de rapprochement, entre eux, ont été sabordées.

Sur l’affaire du point E, il risque de favoriser un suicide collectif en récupérant les clés de sa maison. Il n’osera même pas. Je dis au Président Macky Sall et à son épouse, je n’attends rien au retour, de profiter de ces dix derniers jours du mois de ramadan pour avoir du dépassement et se réconcilier avec le Président Abdoulaye Wade, son père, parce que c’est important.

Ordre et discipline, un «despote éclairé» en sapeur pompier

Les sénégalais doivent être réconciliés avec l’ordre et la discipline. À Dakar, vous n’avez plus de trottoirs, les ponts sont transformés en marché. Il est fondamental de se respecter et de respecter ce qui nous lie, le bien public, en premier les hommes politiques et les gouvernants. Le respect de la parole donnée est une exigence. Avec cette situation, il y va même de la pérennité de notre pays. D’ici dix ans, on aura un problème d’élites pour gouverner ce pays. Parce que l’éducation n’est plus ce qu’elle était. Les enseignants et les élèves ont d’autres modèles. Aujourd’hui, tous les moyens sont bons pour avoir de l’argent.

Un pays où il n’y a pas d’indépendance de la magistrature, c’est la catastrophe.

Le Sénégal n’est plus un modèle démocratique. J’ai fait allusion au despotisme éclairé pour amener un déclic dans la tête des sénégalais pour nous réconcilier avec certaines valeurs.

Les priorités une fois élu Président de la République

L’éducation, la santé et l’habitat social pour changer la mentalité des populations ! On a un potentiel extraordinaire pour autant qu’on réconcilie les sénégalais avec la discipline et le respect. Je n’attendais pas Macky Sall sur les infrastructures. Je l’attendais beaucoup plus sur les réformes constitutionnelles notamment donner à la justice son indépendance. Le code consensuel qui l’a élu, avant lui Abdoulaye Wade, ne doit pas être toucher. Pourquoi il veut instaurer le parrainage ? Ce débat devait être posé après l’élection présidentielle. Aujourd’hui, il n’y a que deux combats qui vaillent : la sécurité et le développement du Sénégal.

Abdoulaye DIOP 24 heures

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *