Les femmes qui bousculent l’univers de la finance française

INFOGRAPHIE & PORTRAITS. Superstars ou étoiles montantes, voici les femmes qui bousculent l’univers de la finance française, ce milieu encore très masculin.

La finance, un monde d’hommes ? Oui, si l’on regarde la présidence et la direction générale des grands groupes et des instances de régulation. Et pourtant, les femmes constituent la majorité des effectifs dans la banque (57%) et l’assurance (60%) en France. Certaines ont gravi les échelons jusqu’au sommet, peu sont connues du grand public, toutes sont bardées de diplômes et armées d’une détermination à toute épreuve. Nous avons retenu une quarantaine de ces femmes qui comptent et bousculent cet univers masculin de la finance, de toutes générations, de tous profils, dans la banque, l’assurance, la gestion d’actifs, le capital-investissement, dans les milieux universitaires, chez les régulateurs et les banques centrales.

Superstars ayant brisé des plafonds de verre ou étoiles montantes prêtes à prendre la relève, transformatrices faisant bouger les organisations ou moteurs de la révolution verte, pionnières ayant tracé la voie ou porte-parole donnant de la voix, sans oublier les militantes qui agissent pour faire progresser les mentalités et la place des femmes.

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[INFOGRAPHIE] La constellation des femmes dans la finance (Cliquez sur l’infographie pour l’agrandir plein écran et zoomer sur les détails)

Infographie, H306, constellation des femmes dans la finance

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La discrète du Trésor

  • ODILE RENAUD-BASSO directrice générale du Trésor

Poste clé de la haute fonction publique, la direction du Trésor a été confiée pour la première fois en 2016 à une femme, Odile Renaud-Basso (54 ans), fine connaisseuse de l’institution où elle a travaillé de 1994 à 2005, avant d’intégrer la Commission européenne, à la Direction générale des affaires économiques et financières. Passée par la Cour des comptes à sa sortie de l’ENA, la discrète haute fonctionnaire, mère de quatre enfants, a été « dircab » adjointe de Jean-Marc Ayrault à Matignon en 2012-2013, puis a rejoint son mentor Jean-Pierre Jouyet à la Caisse des dépôts. Au Trésor, sa personnalité pragmatique et consensuelle tranche avec celle de ses prédécesseurs. Elle a dû piloter le changement de calcul hautement sensible du taux de rémunération du livret A. « Nous avons cherché à en faire le sujet le moins politique », a-t-elle expliqué.  D.C.

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La meneuse de troupes de CNP

  • MAGALI NOÉ, chief digital officer CNP

« Toujours être en mouvement » pourrait être la devise de Magali Noé, la très dynamique directrice du numérique de CNP Assurances, depuis plus de quatre ans. Chargée de projet sur le fonds euro-croissance, autour duquel elle mobilise 200 personnes « dans une ambiance extrêmement solidaire », elle a joué le rôle de poil à gratter et de défricheuse. Cette matheuse actuaire de formation, aînée de sa fratrie, a toujours apprécié le collectif et le « faire ». La quadragénaire est à l’origine du programme d’investissement et d’accompagnement des startups Open CNP, doté d’une enveloppe de 100 millions d’euros. Elle est aussi la cofondatrice de Youse, une startup interne spécialisée dans la garantie locative. J.R.

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La « major » de BNP

  • MARGUERITE BÉRARD, directrice des réseaux France BNP Paribas

Enfant, elle voulait devenir « général d’armée ». Elle sera finalement major… de sa promotion de l’ENA, la fameuse Léopold-­Sédar-Senghor, celle d’Emmanuel Macron. Fille d’énarques, sa mère ayant été sous-directrice de la direction du Budget puis banquière au CCF, Marguerite Bérard suit la même voie, le public puis le privé, en commençant à l’Inspection des finances, puis à l’Élysée comme conseillère sur les questions sociales sous Nicolas Sarkozy, et au ministère du Travail. En 2012, elle rejoint François Pérol chez BPCE, comme numéro deux chargée des finances, de la stratégie et des affaires juridiques. En 2018, BNP Paribas annonce l’arrivée au comex de cette quadragénaire, mère de deux jeunes enfants, propulsée à la tête des réseaux France de la banque de détail. Décontractée, en jeans et polo, au tutoiement facile, « Margot » bouscule les codes de la très sérieuse maison de la rue d’Antin.   D.C.

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La championne du non-coté

  • DOMINIQUE SENEQUIER, présidente d’Ardian

Peu connue du grand public, Dominique ­Senequier est pourtant l’une des trois Françaises dans la liste des 100 femmes les plus puissantes de Forbes, aux côtés de Christine Lagarde et Isabelle Kocher (Engie). Celle qui fit partie des sept femmes de la première promotion mixte de Polytechnique, en 1972, a démarré à Bercy et à Gan puis a rejoint Axa en 1996 où Claude Bébéar lui demande de créer un pôle de capital-­investissement, Axa Private Equity. Elle le développe, l’implante à l’international et lui donne son indépendance en 2013, sous le nom ­d’Ardian. La fondatrice préside toujours, à 66 ans, ce désormais poids lourd mondial de l’investissement dans le non-coté, actionnaire de Fives, des ­parkings Indigo ou d’Ikoula, avec 96 milliards de dollars d’actifs gérés ou conseillés.  D.C.

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La « french touch » de l’OCDE

  • LAURENCE BOONE, cheffe économiste à l’OCDE

Laurence Boone, cheffe économiste à l'OCDE

«Mon ennemi, c’est la finance », avait déclaré François ­Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012. Aussi la nomination de l’économiste Laurence Boone, en 2014, comme conseillère aux Affaires économiques internationales du candidat devenu président, pour remplacer Emmanuel Macron au palais de l’Élysée, a-t-elle été fraîchement accueillie par de nombreux parlementaires du groupe des frondeurs à l’Assemblée nationale, critiquant ces recrues venues du monde de la banque. Laurence Boone avait, en outre, ­qualifié le bilan économique de la majorité de « désastreux » quelques semaines avant sa nomination, alors qu’elle était directrice des études européennes à la Bank of America Merrill Lynch.

Son CV a pourtant de quoi impressionner. Titulaire d’un doctorat d’économétrie appliquée de la célèbre London Business School, d’un DEA d’analyse quantitative et de modélisation, d’un master d’économétrie à l’université de Reading et d’un master d’économie à Paris-Nanterre, cette économiste bardée de diplômes a enseigné dans les plus grandes écoles de la République. Commençant sa carrière comme analyste chez Merrill Lynch en 1995, elle s’est lancée dans la recherche au Cepii puis à l’OCDE, avant de rejoindre ­Barclays comme cheffe économiste. Ces multiples expériences vont lui permettre d’acquérir un solide bagage sur la scène internationale, qui lui sera fort utile au Château, où elle restera deux ans. Sherpa du président de la République, cette conseillère de l’ombre a ainsi assuré en son nom les négociations avec les autres pays du G20 et d’autres institutions comme le Fonds monétaire international. Elle doit faire face à des dossiers brûlants, dont la crise grecque. « J’ai pu côtoyer de nombreuses nationalités pendant mes études et mes expériences professionnelles au Royaume-Uni. Ce qui m’a permis de mieux appréhender les relations avec les conseillers des autres États membres de l’UE, lors de la crise à Athènes par exemple », confie-t-elle. « Lorsqu’un État va faire des réformes, il va y avoir des retombées positives pour l’économie mais qui peuvent avoir aussi, pour certains, un impact négatif. Comment fait-on pour limiter cet impact ? », s’interroge celle qui ne veut pas véhiculer « une vision trop angélique ».

Revenue par la grande porte à l’OCDE en juin 2018 comme cheffe économiste, après un passage chez AXA, Laurence Boone, qui vient de souffler ses 50 bougies, se montre réaliste face aux critiques récurrentes à l’encontre du multilatéralisme : « Nous n’avons pas assez fait attention aux conséquences de la mondialisation et de la transformation numérique sur les personnes les plus vulnérables, les moins à même d’en saisir les opportunités. »

 Par Grégoire Normand

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