Incident d’audience: Me Ousseynou Fall évoque la «courte carrière» du juge Lamotte et se fait exclure

Le choc n’a pu être évité entre le
juge Malick Lamotte et l’avocat de
la défense Me Ouseynou Fall, hier,
au 11ème jour du procès de Khalifa Sall et de ses Co prévenus dans l’affaire de la caisse d’avance de la ville de Dakar.
Après avoir vu le juge lui refuser la parole, la robe noire s’est défoulée sur le président du Tribunal. «Depuis le début du procès, vous m’avez refusé la parole. Un avocat, dans sa plaidoirie, a le droit de dire ce qu’il veut. On ne nous dicte pas la conduite à prendre et, pour la bonne continuation des débats, laissez moi prendre la parole», vocifère Me Fall s’adressant au juge.
Visiblement tétanisé par l’attitude du magistrat, l’avocat assène «J’ai le droit de défendre mon client. J’ai 35 ans d’expériences et vous, vous avez une courte carrière. Vous n’avez pas le droit de nous indiquer la démarche à fournir. Nous ne sommes pas des juges», martèle Me Ousseynou Fall.
Le juge réplique en mettant en garde «Ne me forcez pas à prendre une mesure qui va déplaire à l’ensemble des avocats».
La menace de Malick Lamotte ne décolère pas pour autant l’avocat. Ce qui va, alors, pousser le juge à mettre sa menace à exécution. «Dans ce cas, j’ordonne comme
mesure qu’on ne lui donne plus la parole dans ce procès », tranche t’-il. Ce dernier est peint par la presse nationale comme étant ni ange ni démon.
Malick Lamotte est sorti de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature en 1993,est un juge chevronné. En 25 ans de carrière, il n’a connu que le siège.
A noter qu’auparavant, Me Ouseynou Fall qui avait fait appeler à la barre, l’ancien percepteur de la ville de Dakar, Mamadou Oumar Bocoum s’est scandalisé de voir les avocats de l’Etat voler à son secours  pour tenter de répondre à sa place aux questions qu’il lui posait. «C’est du jamais vu. C’est le procès qui s’éffondre», s’écrie Me Fall. Qui demandait au sieur Bocoum : «Que dit l’article 644 régissant le code des collectivités locales ? » ; «Est-ce que c’est cet article qui régit les Collectivités locales?».Le parquet et l’Aje volent au secours de l’Avocat
Après que le calme est revenu dans la salle 4 du palais de Justice, le procureur de la République, Serigne Bassirou Guèye a pris la parole dès la reprise de l’audience qui était suspendue par le juge pour demander à ce dernier d’avoir plus de compréhension et de continuer à présider l’audience comme
il l’avait fait depuis le début. Mais aussi de permettre «la présence de tous les avocats comme ce fut le cas depuis le début du procès».
«Nous vous demandons très respectueusement M. le Président, de revenir sur votre décision», supplie le parquetier.
Cette même invite sera formulée par l’Agent judiciaire de l’État (Aje). «Vous respectez, monsieur le président, c’est nous respecter nous-mêmes», renchérit Antoine Félix Diome.
Me Mamadou Ismaïla Konaté, ancien Garde des sceaux de la République du Mali, prenant le relais, indique que les avocats de la défense partagent l’opinion exprimée par le parquet. «Je voudrais vous demander d’être un peu moins regardant sur certains comportements. Nous sommes profondément désolés de la situation qui est arrivée tout à l’heure. L’avocat cherche tout simplement à défendre son client. Et en tant qu’avocats, nous sommes très respectueux de votre autorité » , adresse t’-il au juge.
Suffisant pour que celui-ci revienne sur sa décision. «Le tribunal vous a entendu», réagit Malick Lamotte pour qui, le souci majeur de la juridiction qu’il préside est
de mettre les avocats dans les conditions de pouvoir défendre convenablement les parties qu’ils représentent.
 «Nous n’avons aucun problème avec les avocats. Surtout avec Me Ousseynou Fall. Ce n’est pas de gaieté de cœur que le tribunal a pris cette décision», dit-il. Non sans redonner la parole à Me Ousseynou Fall pour qu’il pose ses questions.