Inaugurations,RAPEL,indécision de l’opposition-Le cirque pré-électoral

Y a-t-il un véritable pilote dans la barque pré-électorale sénégalaise ? C’est la question que se pose les électeurs et l’opinion publique à 6 mois de l’élection présidentielle. Les leaders de l’opposition tardent à trouver leur marque, occupés à faire de la dénonciation sur un processus électoral qui laisse flairer un coup de Jarnac avec en toile de fond deux armes non conventionnelles : la justice et le code électoral. Pendant ce temps, le Président Sall inaugure des infrastructures sans convaincre une population au rouge. Des pantomimes à la place de véritables règles du jeu pour édifier les électeurs.

Six mois avant l’élection présidentielle du 24 février 2019, les différentes activités autour du processus électoral, les soutiens annoncés au candidat-président sortant, Macky Sall, le positionnement de jeunes leaders dans le camp de l’opposition, l’utilisation de la Justice à des fins de règlements de comptes politiques illustrent de part et d’autre une orchestration de la majorité et quelques tendances qui risquent de miner les desseins du camp présidentiel. A l’approche du scrutin, les principaux problèmes auxquels sont confrontés les populations sont relégués aux calendes grecques. L’écart social et économique, entre diverses catégories de la population se creuse de plus en plus.
Jamais l’intérêt du sénégalais n’a été aussi faiblement représenté dans ce qu’il est convenu d’appeler le « cirque pré-électoral ».
Une composition électorale floue
Le rapport de force électoral entre les différents partis et leaders politiques ne constitue plus cette sorte de répétition générale connue lors des joutes antérieures, où le président sortant était sûr de remporter haut la main un second mandat. Les soutiens enregistrés récemment, avec surtout celui du Rassemblement pour la pérennisation du libéralisme (Rapel), ne présagent pas avec certitude une victoire au premier tour du candidat de l’Alliance pour la République et Benno Bokk Yakaar. Souleymane Ndéné Ndiaye, Pape Samba Mboup, Serigne Mbacké Ndiaye n’ont que leurs cartes, nous dit un observateur averti du Landerneau politique. Aucun apport alors sur le potentiel électoral du président Macky Sall, sinon une diversion pour affaiblir le Parti Démocratique Sénégalais. Une bourgeoisie politico-bureaucratique est en train de siffler pour accompagner la course du cheval marron beige. L’opinion n’est prête à gober aucune entorse électorale en vue de capter un futur partage du pouvoir qui est déjà vu comme une démarche pernicieuse.
Ce mouvement traduit le malaise provoqué par la candidature de Karim Wade que d’aucuns jugent utopique au regard du code électoral et de sa condamnation par la Cour de Répression des Enrichissements Illicites (Crei). Le Parti Démocratique Sénégalais tombe en déshérence, et ses électeurs et partisans, dans leur tête se projettent sur la candidature d’autres libéraux et leaders qui auront l’onction du Pape du Sopi. Cheikh Aguibou Soumaré, l’ancien premier ministre de Wade, se positionnerait comme un potentiel capteur des votes du Parti Démocratique Sénégalais. Seulement, les militants aux dents longues vont-ils se surpasser et suivre un ancien premier ministre de leur régime et pour qui la plupart était sous ses ordres. L’éparpillement de l’électorat du Parti démocratique sénégalais serait un enjeu de taille dans la détermination finale du scrutin du 24 février prochain. Le PDS maintient toujours le brouillard.
La deuxième vague de leaders politiques qui aspire à rejoindre le palais présidentiel, constituée de Pape Diop, Idrissa Seck, Malick Gackou, Abdoul Mbaye, Abdoulaye Baldé, Habib Sy, Ngouda Fall Kane, Me Mame Adama Gueye, peine à convaincre à cause soit d’antécédents politiques ou tout simplement par manque d’expérience étatique. Un politiste interrogé ne leur attribue même pas la barre des 6%. Ils vont participer à émietter le vote des populations et nul ne sait encore les probables partenariats qui seront noués entre ses leaders dans le cadre d’un projet commun au second tour. De même, nous dit notre source, ils sont les plus exposés à la loi sur le parrainage instaurée pour «éliminer» de la course de potentiels candidats. Le président Macky Sall détient de main de maître deux recours pour affaiblir l’opposition et réduire le champ à la candidature à la présidentielle : l’élimination par la voie judiciaire et celle du code électoral. C’est pourquoi, une sorte d’épée de Damoclès plane sur la tête des plus en vue comme Idrissa Seck, Pape Diop et Malick Gackou. Vont-ils passer le cap du parrainage ? C’est toute l’équation dont le démêlé participerait à verser l’opinion publique et les électeurs dans l’expectative. Par ailleurs, leur participation au sein du Front National de Résistance, pour certains, fait penser, aux yeux de l’opinion, à un arrimage inespéré au Parti Démocratique Sénégalais. Idrissa Seck y échappe encore.
La fièvre et le jeu de yoyo-yoyo pré-électoral sont également entretenus par l’orientation de l’électorat de Khalifa Ababacar Sall, le maire de la ville de Dakar sous les liens de la détention et empêtré dans une bataille judiciaire, même s’il a pris les devants en déclarant sa candidature. S’il n’arrivait pas à prendre le train du départ de la présidentielle, ses électeurs devraient s’attendre à un discours ferme de l’édile de Dakar pour les orienter vers un candidat en 2019. Supposé très proche de Malick Gackou, de Serigne Moustapha Sy du Parti de l’Unité et du Rassemblement (Pur), Khalifa Sall n’aura pas droit à l’erreur sinon il va participer à plus brouiller le cirque pré-électoral. A 19 jours de la fixation de la caution et de la signature pour le parrainage, Khalifa Sall doit être édifié s’il arrivait que le Conseil Constitutionnel lui rende sa caution.
Le carré d’as restant pour aller à l’assaut de la présidentielle est composé de Issa Sall du Pur, Ousmane Sonko de Pastef, Moustapha Guirassy de Sud, Thierno Bocoum de Agir et Aguibou Soumaré. Certes ce sont des novices à la course présidentielle, mais ils peuvent faire mal considérant leurs discours, leurs attitudes et positions sur les grands problèmes qui secouent les sénégalais dans leur quotidien. Députés à l’Assemblée nationale pour les trois premiers, ils sont au cœur de la marche de l’État et ont un capital sympathie qui commence à agacer le pouvoir en place. Ils sillonnent le pays et semblent bien organisés autour des nouveaux médias donc du nouvel espace public. Mais l’intelligence politique aurait voulu qu’ils aillent ensemble autour d’une coalition de néo-politiques bien ancrés socialement et sociologiquement et porteurs d’un idéal de nouveau vivre ensemble, dans la perspective d’une refonte de la gouvernance et du renouvellement des élites intellectuelles. Pour le moment, ces leaders semblent être à la périphérie du cirque pré-électorale pour avoir une vision claire des changements de paradigmes qui profile à l’horizon et qui vont mouler les prochaines élites politiques au Sénégal face à une opinion et un électorat de plus en conscients des enjeux. La fin du cirque n’est pas pour demain au vu des enjeux qui enlacent la joute du 24 février 2019. C’est dire…
Pendant ce temps…
Le candidat sortant, Macky Sall, est en pleine campagne pré-électorale avec l’inauguration en l’espace de quelques jours de deux infrastructures sportives : l’Arène nationale de Pikine et Dakar Aréna de Diamniadio. La plupart des primo-inscrits sur les listes électorales sont ciblés par ces deux infrastructures sportives. Quid du décaissement illico presto de 15 milliards de francs CFA pour la Délégation à l’Entreprenariat rapide (Der) qui participe à séduire les femmes et les jeunes : une masse électorale non négligeable. On peut toujours compter le président Sall pour titiller l’opposition qui a du mal à suivre les contours des actes qu’il pose. Mais rien n’y fait aux yeux de la majorité des sénégalais qui restent désespérément dans le rouge. Encore plus inquiétant, le manque d’eau dans la capitale, le débat politico-judiciaire, l’emprisonnement d’hommes politiques, et l’omerta du gouvernement sur l’applicabilité du parrainage et le discours dégradant tenu sur le contrôle des signatures et les possibilités d’emprisonnement avec le parrainage.
Abdoulaye DIOP

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