Entretien exclusif de Kara Mbodj:le lion est toujours vivant

Kara Mbodji n’était pas opposé à un séjour prolongé à Anderlecht mais la nouvelle direction lui a demandé de partir. Ce qu’il a fait à Nantes où il commence à s’imposer.

« Quand j’aurai commencé à jouer régulièrement avec Nantes, on fera l’interview », nous avait-il répondu juste après son départ au FC Nantes, le 30 août dernier, dans les dernières heures du mercato estival.

Kara titularisé quatre fois ces dernières semaines, on le relance par un petit message. Il nous rappelle dans la foulée : « OK, on fait l’interview, comme promis. » Le défenseur sénégalais a toujours été un homme de parole.

À bientôt 29 ans (il les fêtera dans deux semaines), il avait envie de s’exprimer sur sa nouvelle vie en Ligue 1 mais surtout sur son départ précipité d’Anderlecht à la toute fin du dernier mercato. Un départ par la petite porte après trois saisons et un titre au Sporting.

Comment allez-vous ?

« Ça va mieux. Les résultats commencent à venir à Nantes après une période compliquée. Mais bon, on doit garder les pieds sur terre. »

Vous savez qu’on a reparlé de vous à Anderlecht il y a peu ?

« Parce que je suis passé à Neerpede pendant la trêve internationale mi-octobre ? »

Non, c’était avant ça. Le 5 octobre, au lendemain de la défaite à domicile contre Zagreb, Hein Vanhaezebrouck a cité votre nom en conférence de presse.

« Il a dit quoi ? »

Il était fâché sur ses joueurs qui ne respectaient pas ses consignes et il a déclaré : « C’est un manque de professionnalisme et de discipline. Les leaders du groupe devraient intervenir pour remettre l’équipe dans le droit chemin mais ils ne le font pas. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de leader absolu dans le noyau. On en avait un mais il est parti, c’était Kara. »

« Je ne suis pas étonné. On avait déjà eu cette discussion sur le leadership avant mon départ cet été. C’est dommage pour lui s’il estime ne plus avoir de leader dans son vestiaire. Je respecte beaucoup cet entraîneur, il m’a beaucoup appris tactiquement. »

C’est vraiment essentiel d’avoir un leader dans une équipe de football ?

« Oui, vraiment. Dans les moments difficiles, tu as besoin d’un leader parmi les joueurs, ou même de plusieurs. »

Que faisiez-vous pour être un leader ?

« Ça commence sur le terrain en donnant tout mais il n’y a pas que ça. Il faut assumer et faire face aux problèmes. Il ne faut pas se cacher. »

Concrètement, ça veut dire quoi ?

« Il m’arrivait d’aller trouver le coach pour parler du cas d’un joueur et le défendre. Et ça, sans rien dire au joueur concerné. Juste pour faciliter les choses et faire avancer l’équipe. Quand j’allais parler au coach, je défendais toujours les joueurs à 100 %. Et quand je parlais aux joueurs, je défendais le coach à 100 %. J’évitais qu’on se cache derrière des excuses. Je leur disais : ‘Le souci, c’est d’abord nous !’ »

Pour Vanhaezebrouck, votre départ est donc une grosse perte.

« Malheureusement, c’est trop tard. »

Ce n’était pas possible de rester cette saison ?

« C’est la nouvelle direction qui m’a demandé de partir. Moi, j’étais prêt à rester. Anderlecht, c’est et ça restera mon club. À partir du moment où je devais m’en aller, je ne voulais pas créer de soucis et je suis parti. »

Vous étiez déçu qu’on vous demande de partir ainsi ?

« Quand j’ai eu l’opportunité de signer en Angleterre (NdlR : Leicester en janvier 2017) , le club m’a retenu. J’ai continué à jouer et à me battre pour Anderlecht. Ici, on m’a dit qu’il fallait que je parte alors que c’était ma famille. C’est dommage. »

Qui vous a annoncé que vous deviez partir ?

« C’est le coach. Il m’a expliqué la situation et que l’ordre venait de la nouvelle direction. »

À Anderlecht beaucoup estimaient que votre genou était devenu un trop gros facteur de risque.

« Il m’est pourtant arrivé de jouer trois matches en une semaine depuis que je suis arrivé à Nantes. Et je n’ai pas encore loupé une seule séance d’entraînement. Pas une ! Même quand on s’entraîne deux fois par jour. Mon genou est à nouveau à 100 %. »

Pourquoi en doutait-on à Anderlecht ?

« Il fallait me laisser du temps, même si ça en a pris plus que prévu. Il y a finalement eu deux opérations à Barcelone. Mais ce qu’on m’avait promis là-bas arrive enfin. Je me suis donné à fond pour retrouver mon genou. Je travaille énormément. Encore maintenant, je suis le premier arrivé à Nantes et le dernier à repartir. »

Vous n’avez pas eu peur que votre carrière se termine à cause de ce genou ?

« Non, il fallait être patient. Le lion est toujours vivant ! »

Pendant l’été, il se racontait que votre transfert allait être compliqué car vous alliez toujours échouer aux tests médicaux à cause de ce genou.

« Je suis au courant que ce bruit courait. Il fallait juste trouver un club qui me faisait confiance. Je peux comprendre certains doutes quand tu as un gars qui n’a plus joué pendant neuf mois comme moi mais je n’ai jamais abandonné. Je veux donner tort à tous les gens qui pensaient que j’étais fini. Je le répète : le lion n’est pas mort ! »

Vous êtes amer envers Anderlecht ?

« Non, c’est toujours mon club de cœur. Je suis déjà revenu deux fois dire bonjour depuis que je suis parti. J’aime toujours le Sporting et je lui souhaite le meilleur. »

Plus de Coupe, plus de Coupe d’Europe et 4e en championnat : la saison est compliquée pour l’instant…

« Les supporters sont exigeants à Anderlecht. Ils veulent des résultats et du beau football. C’est aussi pour ça que ce n’est pas facile de jouer dans ce club. Mais il y a encore de très bons joueurs et je suis à fond derrière eux. »

Vous avez été surpris de voir autant de nouvelles têtes quand vous êtes passé à Neerpede ?

« Je connais encore pas mal de gars quand même. La dernière fois où je suis passé, mon petit frère Adri (Trebel) n’était malheureusement pas là. »

Il va devoir se faire opérer.

« Oui, je sais. J’avais un peu le même souci : on savait encore jouer mais la douleur était là. Lui, ce sont les adducteurs et moi, le genou. Adri est un garçon intelligent et la décision lui appartient. Je peux juste dire que c’est très difficile d’aider l’équipe quand tu n’es pas à 100 %. »

Vous connaissez Sanneh, celui qui doit vous succéder dans la défense ?

« Non. J’ai vu quelques matches d’Anderlecht cette saison et il faut lui laisser du temps. C’est une saison de transition pour lui. C’est un club où il y a beaucoup de pression et ce sera son défi dans les prochaines semaines : apprendre à la gérer. Mais je ne m’inquiète pas, d’autant que Sanneh a la chance d’être tombé avec un coach qui va lui apprendre beaucoup de choses. »

Vous êtes parti à Nantes sous forme de prêt avec option d’achat. Il n’est donc pas impossible d’imaginer vous revoir à Anderlecht.

« C’est vrai, ce n’est pas impossible. Mais je ne pense pas à ça. Ce qui m’intéresse, c’est de relever le défi nantais et d’enchaîner les matches. »

Comment ça se passe avec le nouvel entraîneur Vahid Halilhodzic ? Il a la réputation d’être très sévère.

« On travaille plus et on en récolte les fruits, même si la route est encore longue. Papa Vahid est le coach qui nous fallait. »

Vous l’appelez vraiment « Papa Vahid » ?

« Oui, il a 63 ans et il est là pour nous faire progresser. Le club avait besoin de quelqu’un comme lui, ça manquait de caractère. »

Vous êtes déjà le leader du vestiaire à Nantes ?

« Je suis plus dans l’observation. Il y a déjà beaucoup de leaders ici. De toute manière, il n’y a pas besoin de leader quand tout va bien. »

Comment ça se passe pour l’ancien Brugeois Anthony Limbombe, l’autre recrue de Pro LEague à Nantes cet été ?

« Pour jouer avec Papa Vahid , il faut montrer que tu le mérites. Il y a vraiment très peu de joueurs qui sont sûrs de leur place. Anthony écoute bien et on voit qu’il a encore une très grande marge de progression. »

Comme pour Limbombe, c’est Mogi Bayat qui vous a mis à Nantes cet été. Comment avez-vous réagi après son interpellation ?

« J’ai appris ça en lisant la presse. Mogi a été là pour moi et il vit des moments difficiles. Tout ce que je peux faire, c’est lui apporter mon soutien. »

7onsport avec Lesports

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