Endettement du Sénégal/Abdoul Mbaye: « L’erreur de calcul de Macky Sall,il a utilisé des critères… »

Abdoul Mbaye : « L’erreur de calcul de Macky à propos de l’endettement du Sénégal »
Même s’il est encore dans les clous, par rapport aux critères de convergence de l’Uemoa en la matière (70%), le Sénégal présente un taux d’endettement (un peu plus de 60%) préoccupant. Lequel est nettement au-dessus de la moyenne dans la Zone (49%). « Donc, par rapport aux autres pays de l’Uemoa qui vivent comme nous, on est trop endetté. »

Ce constat est de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act, opposition), qui s’est exprimé sur le sujet dans un long entretien accordé à Wal fadjri. Il démonte ainsi l’affirmation du chef de l’État selon laquelle le Sénégal, contrairement à l’avis de nombreux opposants dont Wade, ne ploie pas sous le poids de la dette.

« Un endettement reste un endettement »
Pour Abdoul Mbaye, Macky Sall « a amoindri (le niveau de la dette du Sénégal) à dessein, en utilisant des critères non pertinents ». L’ancien chef du gouvernement explique : « D’abord, il s’est contenté d’apprécier l’endettement extérieur. Ensuite, il a évalué l’endettement extérieur en le mettant en rapport avec les exportations des biens et services. D’où l’erreur. »

Selon l’économiste est ancien banquier, un endettement reste un endettement, « qu’il soit extérieur ou intérieur », il « pèse sur le budget de l’État » de toutes les façons. En plus, signale Abdoul Mbaye, « l’endettement extérieur, mis en rapport avec les exportations des biens et services chez nous, ça n’a pas de sens ».

Il développe : « C’est vrai, quand vous remboursez une dette extérieure, vous utilisez des devises et quand vous exportez, vous gagnez des devises. Donc, on peut considérer qu’il y a un rapport possible. Mais comme le Sénégal importe une fois et demie plus qu’il exporte, ça n’a pas de sens. Puisqu’en aide, il n’y a pas de devises. »

Double peine
Par ailleurs, Abdoul Mbaye regrette que le gouvernement bombe le torse en soulignant que le niveau de la dette du Sénégal est au-dessous des critères de convergence. Il signale d’abord que le taux va passer à 61% en 2018 avant d’avertir : « On a de la marge, mais si on va aller à 70%, on va cogner le mur. Il faut savoir qu’aussi au sein de l’Union européenne, le critère de convergence, c’est 60%. Donc, on ne peut pas dire que nous ne sommes pas assez endettés. »

D’autant que, martèle le leader de l’Act, « quand vous acceptez de prendre en compte l’endettement extérieur comme il (Macky Sall) le fait dans son argumentaire, on est cette fois le pays de l’Uemoa le plus endetté ». « Cette fois on est plus endetté que le Togo. Et le service de la dette est en train de croître, pointe Abdoul Mbaye. Il était de 24% en 2014, il est projeté à 30% en 2017, il va croître. »

Conséquence de ce niveau d’endettement ? « Ce sont les générations futures qui auront des problèmes pour payer cette dette, relève l’ancien Premier ministre. Mais il y a l’immédiateté des problèmes pour payer les entreprises sénégalaises qui sont porteuses de créances pour l’État. » La double peine, en fait.