Donald Trump laisse planer une menace sur le procureur spécial Mueller

La Maison-Blanche a communiqué sur le fait que le président avait «tout à fait le pouvoir» de limoger le procureur spécial en charge de l’affaire russe. Ce serait une escalade dans le bras de fer qui oppose Donald Trump à l’ancien directeur du FBI, reconnu par de nombreux élus, à la fois démocrates et républicains.

La Maison-Blanche a assuré mardi que Donald Trump avait le pouvoir de limoger Robert Mueller, faisant planer une menace sur le devenir de ce procureur spécial dont l’enquête se rapproche chaque jour un peu plus du Bureau ovale. Le limogeage de celui qui enquête sur une possible collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie est considéré comme une ligne rouge par nombre d’élus des deux bords et provoquerait une déflagration politique.

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Mais le sujet ne semble désormais plus complètement tabou au 1600 Pennsylvania avenue. «Nous avons été informés du fait que le président avait tout à fait le pouvoir de prendre cette décision», a déclaré Sarah Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche, semblant indiquer qu’une telle hypothèse était au moins à l’étude au sein de l’équipe Trump. Interrogé lundi sur cette éventualité, le magnat de l’immobilier avait volontairement laissé planer le doute. «Nous verrons ce qui va se passer, avait-il répondu. Beaucoup de gens ont dit: ‘Vous devriez le limoger’». Si Donald Trump s’en est pris avec virulence à plusieurs reprises à l’intégrité de l’équipe de Robert Mueller, accusée d’avoir des motivations politiques, il s’est en revanche toujours gardé d’attaquer frontalement ce dernier, ancien patron du FBI et figure respectée à Washington.

Nommé à la tête du FBI en 2001 par le président républicain George W. Bush, Robert Mueller avait été reconduit à ce poste par le président démocrate Barack Obama. Lors de sa nomination en mai 2017 comme procureur spécial, il a été salué par nombre de poids lourds républicains pour sa rigueur et son intégrité.

Perquisition chez l’avocat de Donald Trump

Cette prise de position de la Maison-Blanche intervient au lendemain d’une perquisition spectaculaire de la police fédérale (FBI) dans les bureaux et au domicile de l’avocat personnel du président américain Trump, Michael Cohen, qui a provoqué la colère de son client. «C’est une honte! C’est une véritable honte! C’est une attaque contre notre pays», avait lancé le président septuagénaire, dans une colère froide telle qu’on n’en avait jamais vu depuis son arrivée au pouvoir. «Le président a été clair: il pense que cela va trop loin», a martelé mardi sa porte-parole.

Fidèle défenseur de Donald Trump, Michael Cohen a passé plusieurs années en tant qu’avocat principal de la Trump Organization, et c’est lui qui a payé une actrice de films X connue sous le nom de «Stormy Daniels» pour taire une liaison présumée avec le président. L’avocat a admis en janvier avoir versé 130.000 dollars à l’actrice dans le cadre d’un accord de confidentialité, quelques jours avant le scrutin présidentiel. Il a assuré que cette somme venait de ses fonds propres et non de l’argent de la campagne. Interrogé par CNN, l’avocat a souligné que cette perquisition était un développement qui le plaçait dans une position inconfortable, se gardant de réaffirmer sa loyauté à Donald Trump. «Je mentirais si je disais que je n’étais pas (inquiet). Ai-je besoin de cela dans ma vie? Non», a-t-il lancé, tout en refusant de s’exprimer sur le fond du dossier.

Le souvenir du Watergate

Au-delà du fond, les conditions dans lesquelles Robert Mueller pourrait être limogé sont loin de faire l’unanimité. Nombre de juristes estiment que seul l’Attorney général adjoint Rod Rosenstein, qui l’a nommé, a le pouvoir de le limoger. Dans ce contexte, certains observateurs s’interrogent sur la possibilité que Donald Trump décide d’abord de se séparer de ce dernier. Un tel scénario fait régulièrement resurgir le spectre du Watergate.

En octobre 1973, Richard Nixon avait ordonné à Elliot Richardson, alors Attorney general, de limoger Archibald Cox, procureur spécial chargé d’enquêter sur l’espionnage politique du Parti démocrate à l’intérieur de l’immeuble du Watergate à Washington. Ce dernier, tout comme son adjoint William Ruckelshaus, avait refusé et démissionné, avant qu’un autre responsable ne s’acquitte finalement de la tâche. Cet épisode, connu sous le nom du «Massacre du samedi soir» (»Saturday Night Massacre»), a coûté finalement son poste au président Nixon, contraint à la démission le 9 août 1974.

Senbusinet avec Le Figaro