Donald Trump autorise la divulgation du mémo anti-FBI

En jetant l’opprobre sur une enquête de l’agence, le président veut discréditer le procureur Mueller, qui doit l’entendre dans l’affaire de l’ingérence russe.

Donald Trump a donné son feu vert vendredi à la publication d’un mémo républicain accusant le FBI et le département de la Justice de malversations. «C’est une honte, ceci et beaucoup d’autres choses qui se passent dans ce pays, a-t-il déclaré en expliquant sa décision dans le Bureau ovale. Certains devraient avoir honte, et plus que ça.» Aux premières heures du jour, il avait tweeté: «Les dirigeants et enquêteurs du FBI et du département de la Justice ont politisé le processus sacré d’enquêtes en faveur des démocrates et contre les républicains – quelque chose qui aurait été impensable il y a encore peu de temps.»

Le texte de trois pages et demi qui suscite l’indignation du président risque de décevoir le grand public. Il s’agit pour l’essentiel d’une incrimination alambiquée du processus ayant conduit le FBI et le département de la Justice à obtenir d’une cour spéciale un mandat d’écoutes téléphoniques visant un ancien conseiller de Trump, Carter Page. Selon le mémo, cette cour n’aurait pas été informée qu’une partie des arguments provenait d’un «dossier» établi par un ancien espion britannique, Christopher Steele, travaillant pour le compte d’un cabinet d’enquêtes privées de Washington, Fusion GPS. Ses recherches en Russie ont été payées d’abord par un fonds politique républicain opposé à Trump durant les primaires, puis par le Comité national démocrate et la campagne de Hillary Clinton, à hauteur de 160.000 dollars, selon le document.
Un document ultrasecret

Le FBI s’était publiquement opposé à la divulgation du mémo, en affirmant qu’il «omettait des faits matériels affectant son exactitude». Devin Nunes, le président républicain de la commission du renseignement auteur du mémo, reconnaît n’avoir jamais vu le mandat d’écoutes qu’il dénonce, un document ultrasecret. Les fondateurs de Fusion GPS, d’anciens journalistes du Wall Street Journal, assurent que Steele n’avait pas été informé des commanditaires de ses travaux. Au FBI, on fait valoir que les éléments du dossier utilisés avaient été vérifiés, qu’ils ne représentaient qu’une petite partie d’un long argumentaire et que Carter Page était de toute façon sur leur radar depuis 2013 pour ses liens avec la Russie.

Donald Trump estime que le discrédit jeté sur cette partie de l’enquête rejaillira sur le procureur spécial, Robert Mueller.

Confirmant la nature politique de la bataille, Donald Trump avait pris position en faveur de la divulgation du mémo avant même de l’avoir lu. Mardi soir, après son discours au Congrès, il a promis «à 100%» d’autoriser sa publication. Il n’en a découvert la teneur que mercredi après-midi, tombant d’accord avec le secrétaire général de la Maison-Blanche, John Kelly, pour estimer qu’il ne trahissait pas de secret dommageable à la sécurité nationale. «Il n’a jamais hésité, rien n’aurait pu le faire changer d’avis», a confié un de ses collaborateurs au Washington Post.

Trump estime que le discrédit jeté sur cette partie de l’enquête rejaillira sur le procureur spécial, Robert Mueller. Rod Rosenstein, le numéro deux du département de la Justice, épinglé dans le mémo pour avoir signé une demande de prolongation des écoutes, est aussi celui qui a nommé Mueller et le supervise. Trump est tenté de l’écarter depuis l’été, après l’avoir nommé il y a un an. Il redouterait en revanche que son directeur du FBI, Christopher Wray, choisi en juin dernier, démissionne sous l’affront. La fonction est théoriquement «protégée» par un mandat de dix ans.

James Comey, le prédécesseur de Wray, limogé par Trump en mai pour défaut de «loyauté», y est allé de son propre tweet jeudi soir: «Chacun devrait apprécier que le FBI fasse entendre sa voix. Mais gardez courage: l’histoire américaine montre que les fouines et les menteurs ne l’emportent pas à long terme, pour peu que des gens bien se dressent contre eux. Pas beaucoup d’écoles ou de rues baptisées du nom de Joe McCarthy.»

Source LeFigaro

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *