Donald Trump a publié son palmarès des médias jugés les plus mensongers

Il l’avait promis, il l’a fait. Mercredi en début de soirée, Donald Trump a publié son palmarès des médias jugés les plus mensongers. Ironique, venant d’un président qui, selon le Washington Post – l’une de ses cibles favorites – a menti plus de 2000 fois l’an dernier. «And the FAKE NEWS winners are…», a écrit Donald Trump sur Twitter à 20h, postant un lien renvoyant vers le site du Parti républicain. Après être restée inaccessible pendant près d’une heure, pour une raison inconnue, la page en question est revenue en ligne.

Principal «gagnant», sans grande surprise : la chaîne CNN, bête noire du président, qui figure à quatre reprises dans la liste des dix «Fake News Awards». Viennent ensuite le New York Times (deux mentions), puis Time, ABC, le Washington Post et Newsweek avec une mention chacun. Relativement court, le palmarès reprend notamment plusieurs articles ou reportages erronés, qui ont poussé les médias à admettre leurs erreurs et à procéder à des corrections, voire à des sanctions. Ce fut le cas par exemple pour Brian Ross, de la chaîne ABC, suspendu puis affecté à un autre poste pour des informations erronées sur Trump, son ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn et les contacts avec la Russie.
Théorie du complot

C’est un fait incontestable : les médias, américains ou non, commettent parfois des erreurs. Ce classement publié par le président des Etats-Unis sonne toutefois comme une provocation de plus de la part d’un homme qui a lancé sa carrière politique en nourrissant la théorie raciste selon laquelle Barack Obama ne serait pas né à Hawaï et n’aurait donc pas dû devenir président.

Annoncés début janvier, les «Fake News Awards» devaient initialement être dévoilés le 8 janvier, afin d’honorer «les plus corrompus et biaisés des médias traditionnels». Prétextant un intérêt «bien plus grand qu’anticipé» pour cette liste pathétique, et sans doute persuadé d’instaurer ainsi un suspense intenable, Donald Trump avait finalement repoussé l’annonce à mercredi. Plus inquiétant : le staff de la Maison Blanche et le Parti républicain (sur le site duquel la liste a donc été publiée) se sont visiblement associés à cette initiative. «Je sais, j’en suis sûre, que vous attendez tous de voir si vous serez des gros vainqueurs», se moquait ainsi, mercredi après-midi, la porte-parole de la Maison Blanche lors d’une conférence de presse.

«Un chemin très dangereux»

Comme souvent, ce nouveau dérapage de Donald Trump a été accueilli par un silence étourdissant, pour ne pas dire complice, de la quasi-totalité des élus républicains. En pleines négociations sur le budget, et à quelques heures d’une deadline clé pour éviter la fermeture du gouvernement, peu d’élus conservateurs ont pris la peine de s’exprimer sur le sujet. A l’exception notable – et habituelle – des deux sénateurs de l’Arizona, John McCain et Jeff Flake, farouches critiques du locataire de la Maison Blanche.

Dans une tribune publiée mercredi matin par le Washington Post, McCain, atteint d’un cancer du cerveau, a dénoncé l’attitude «incohérente» voire «hypocrite» de l’administration vis-à-vis de la liberté de la presse. «Trump continue ses attaques incessantes contre l’intégrité de journalistes et de médias américains», a déploré le vétéran du Vietnam, ajoutant que «l’expression « fake news », à laquelle le président américain a donné une légitimité, est utilisée par des autocrates pour réduire au silence des journalistes».