Djibril Sonko économiste membre fondateur du PASTEF« Si l’euro-bond a permis de lever 2,2 milliards de dollars,c’est grâce aux ressources attendues sur le Gaz et le pétrole »

La Maison de la Paix a été le théâtre d’une Conférence Publique sur la santé de l’ économie du pays et dont le thème portait sur la problématique de  » La Dette Publique au Sénégal : Généralité et Enjeux » , animée par le Professeur Djibril SONKO, Economiste, Inspecteur Principal du Trésor de son état, en service à Kébémer. Mais également Professeur d’ Université et Membre Fondateur du Parti » PASTEF » dirigé par le Député Ousmane SONKO.
Au cours de son exposé,aux allures d’ un cours magistral, le conférencier a ,dans un premier temps , procédé à une élucidation conceptuelle des notions de  » Dette intérieure » et de « Dette extérieure » pour ensuite axer son argumentaire sur les Enjeux de la Dette Publique de l’Etat du Sénégal.
Dans le cadre des activités de l’école du Parti PASTEF et dans un contexte économique marqué par un débat sur l’évolution de la dette publique de l’Etat du Sénégal, l’ intérêt d’ une telle conférence, selon le Professeur et Economiste  M. Djibril SONKO, sur cette question clivante ( qui divise l’opinion publique)  » est important, surtout à l’ endroit des étudiants, car on leur a d’abord expliqué , dans les généralités,les deux sources   de la Dette Publique, pour le cas du Sénégal, que sont la dette intérieure et la dette extérieure et les différents instruments utilisés par l’ Etat sur le plan national (avec les bons du trésor) et international(avec les euro-bonds). Car d’ aucuns pensent que celle-ci( la Dette Publique , ndlr) est entrain de prendre des proportions dangereuses, d’autres pensent qu’ elle est contrôlée et qu’elle sert à financer le développement du pays à travers les investissements. »
Revenant sur la quintessence de l’exposé, l ‘ Inspecteur Principal du Trésor dira que »   On entend par dette intérieure l’ensemble des emprunts de l’ Etat réalisés dans le territoire du Sénégal ou de l’ UEMOA. Elle est composée des bons de trésor,des obligations du Trésor, des Sukkuks et des autres emprunts bancaires. » Dans ce même registre,  le Conférencier s’est montré beaucoup plus explicite car selon lui, »les bons du Trésor sont des titres d’Etat émis par le Trésor public sur le marché monétaire,rémunérés d’avance à un certain taux d’intérêt et qui ont la particularité d’être de court terme, en général avec une échéance d’une année.
Pour le cas des obligations du Trésor, elles sont des titres de l’Etat émis par le Trésor public sur le marché monétaire et ont, en général, une échéance de moyen et long terme.Ils ont la particularité de financer des projets d’ investissement de l’Etat.
Pour ce qui est des Sukkuks, elles sont des obligations islamiques, qui désignent dans le droit musulman un certificat d’investissement conforme à la charia. Ils sont en quelque sorte l’équivalent, dans le domaine de la finance islamique, des obligations de la finance classique. Un sukkuk correspond à un projet déterminé. »
Pour illustrer ces instruments de la dette intérieure, M. Sonko donnera des exemples concrets avec des chiffres à l’appui. Selon lui » depuis les années 2010 à maintenant , on assiste à l’évolution du Sénégal dans le marché international des obligations. C’ est ainsi que le Sénégal a émis des euro-bons pour la première fois en 2011 et pour cette année 2018, le dernier euro-bond a permis d’ emprunter sur ce marché 1100 milliards de FCFA soit 45 pour cent des ressources budgétaires internes prévus . »
Et de renchérir, pour ainsi conclure ce chapitre de la dette intérieure,que » les autres emprunts bancaires ainsi que les dettes de l’Etat issus du retard de plus de trois mois concernant le paiement de ses opérateurs économiques. C’ est le cas de la dette du Sénégal vis-vis des établissements de formation privés, qu’ il évalue à 16 milliards alors que le Gouvernement l’estime à 9,8 milliards . »
S’ agissant de la dette extérieure, pour le Professeur et Economiste,  » elle comprend deux volets à savoir la dette bilatérale et celle multilatérale.
Donc la dette miltilatérale est composée des emprunts contractés auprès des organismes créanciers que sont le FMI, la Banque Mondiale,la BAD , la Banque Européenne d’ Investissements (BEI). Quant à la dette bilatérale, elle comprend les fonds levés auprès des pays arabes, des pays occidentaux de l’ OCDE et de la dette commerciale.
Et de conclure cet exercice sémantique , sans varier ,avec des exemples chiffrés car il affirme que  » selon le FMI, la dette intérieure du Sénégal est estimée en 2017 à 18,6 % du PIB tandis que la dette extérieure est à 38,7 pour cent. Quant à la dette globale,elle atteint 57,3 pour cent du PIB sur la même année.
Abordant la question des Enjeux de la Dette Publique ou les motivations de l »endettement par l’ Etat, il soutient que, pour une compréhension globale, « il convient de les analyser sous plusieurs angles,mais pour ce qui concerne le Sénégal, il faut s’ intéresser aux effets budgétaires et économiques de la dette. »
Poursuivant son argumentaire, Djibril SONKO estime que  » la dette publique du Sénégal devrait, selon les prévisions officielles, atteindre en 2018, 6420,65 milliards de FCFA , soit un peu plus de 61 % du Produit Intérieur Brut. »
Donc , déduit-il que  » le Sénégal devrait rembourser en 2018 en terme de capital plus intérêts la somme de 839,6 milliards soit au moins 34% des ressources internes. »
Ces chiffres dénotant l’évolution croissante de la dette publique,et face aux inquiétudes du FMI par rapport à cette tendance, le Professeur les (enjeux) analyse au moyen de deux interrogations:
 » Dès lors , d’une part l’ enjeu c’est est-ce que le système fiscal sénégalais est-elle suffisamment performante pour engranger des ressources fiscales permettant de continuer à supporter la dette?,
D’autre part, la dette est-elle utilisée pour le financement de projets à fort impact économique permettant de dégager des ressources futures qui devront aider à rembourser la dette? ».
Ce sont là , pour lui,  » deux enjeux forts de l’endettement d’un pays particulièrement pauvre comme le Sénégal », justifie t-il sur le plan budgétaire.
Dans le même ordre d’idées, ajoute t-il  » si l’esprit de la dette consiste à s’endetter pour financer des projets à fort impact économique permettant d’ engranger des ressources pour rembourser la dette, cela n’est pas nécessairement observé au Sénégal car le MEFP, Amadou BA  a déclaré que ce le dernier euro-bond servira à financer les projets du PSE mais également rembourser l’euro-bond contracté en 2011″.
Non sans tirer la sonnette d’alarme avec une condition selon laquelle « si la dette ne finance pas des projets porteurs à fort impact économique, elle peut à la longue s’avérer nocive » .Pour le développement du pays, s’entend.
Même si, conclut-il son exposé,  » sous l’angle économique, il existe un large consensus dans la littérature économique que la dette booste la croissance économique ».
Lors des débats, les interventions,çà et là, ont fait un lien entre les nouvelles découvertes notamment du Pétrole et du gaz et leurs implications sur la dette contractée par l’Etat du Sénégal,et qui traduisaient, selon le conférencier  » l’inquiétude des uns et des autres sur l’évolution de la dette publique dans ce pays car le niveau d’endettement est à 61% du PIB alors que le seuil à ne pas dépasser ou les critères de convergence dictés par l’UEMOA qui est de 70% .Mais, en tout état de cause, je reste convaincu que,ce qu’il faut retenir de la dette par rapport aux ressources du pétole et du gaz à venir, c’ est que l’obligation émis par l’Etat du Sénégal sur le marché international concernant l’ euro-bond et qui a permis la levée de 2,2 milliards de dollars, on peut penser que cela a été possible parce que le Sénégal espère des retombées économiques importants dans les quatre prochaines années avec l’exploitation du pétrole et du gaz. »
Cet optimisme affiché par M. Djibril SONKO, Economiste et Inspecteur Principal du Trésor a été saluée par une salve d’ applaudissement de la part de l »assistance constituée essentiellement d’étudiants  du Pastef et de quelques journalistes avec une faible présence féminine.
Tous, ont salué l’esprit républicain, le patriotisme du conférencier par rapport à la Politique Economique de l’ Etat, dans cette activité qui a duré deux tours d’horloge.
 Rappelons que l’endettement prend sa source dans la loi de finance annuelle du Sénégal. C’est à la suite du vote de la dite loi que le Président de la République est autorisé à emprunter au nom de l’ Etat du Sénégal.
Cette autorisation est la conséquence du déficit budgétaire constaté au moment de la préparation du budget de l’ Etat.
                                         Oumar Jean Diatta