Barême de commissionnement Orange Money: Bras de fer autour d’une «arnaque»

Le radieux tableau affiché par Orange Money après quelques années d’exercice dans le secteur du transfert d’argent par les téléphones portables vient d’être entaché par quelques détails.

La décision irrévocable de réduire les commissions des prestataires de service est verticale, impérieuse et expose les membres du cadre de concertation des distributeurs pour la défense du produit orange Money, à une faillite. Ils vendent trois fois plus et gagnent moins.

Dans les boutiques de prestation de service Orange Money, les populations ont du mal à faire des transactions via le service financier d’Orange.

Pour cause, voilà 10 jours que le Collectif des boutiques Orange Money du Sénégal, l’association nationale des distributeurs et le réseau national des prestataires de transfert d’argent n’utilisent plus le service Orange Money. Trouvez dans sa boutique, un des membres du cadre de concertation des distributeurs pour la défense du produit Orange Money et membre du Renapta nous exprime toute son amertume.

«Le partenariat qui nous lie avec la société Orange n’est pas un partenariat gagnant-gagnant. C’est un partenariat à sens unique. Orange veut continuer l’esclavage que nos ancêtres ont connu sous une autre forme. C’est un esclavage économique », laisse entendre l’homme d’affaire.

Pour faire passer la pilule, « Orange nous a convoqué un jour dans un forum avec, déjà, la mise en place d’une nouvelle grille de commission avec le produit Orange Money. D’ailleurs ce n’est pas la première fois.

En l’espace de deux ans, Orange a procédé à des baisses de commission. Mais cette fois-ci, il s’est trouvé que la baisse est très drastique », révèle-t-il.

Pour être clair, un revendeur qui fait un dépôt de 1000 FCFA, il gagne 7 francs CFA au lieu de 18 francs CFA.

La différence est colossale. «C’est plus de 50% de baisse de la commission. Pour avoir 700 francs, il faut vendre à 100 personnes, avec tous les risques. Il y a des risques d’arnaques, d’erreurs de transactions et tout ceci Orange n’en a cure. Orange ne regarde que les voies et moyens pour soutirer de l’argent», a-t-il précisé.

L’alibi de la BCEAO !

Les rencontres provoquées entre Orange et les dirigeants des boutiques pour une séance d’explication n’a pas convaincu. «Ils nous ont dit qu’ils sont dans l’impératif de procéder à une telle baisse parce qu’Orange était dos au mur face à une pression de la banque centrale qui leur a signifié que pour avoir le statut de Orange Banque Mobile Sénégal, il fallait rentabiliser l’activité des transactions avec Orange Money, sinon la fermeture du business est inévitable », nous révèle le membre de Renapta.

Une situation qui frise l’inacceptable pour ces travailleurs du secteur financier à travers les milliards de chiffre d’affaire réalisés par la multinationale.

Menaces sur des milliers d’emplois

En glanant «les miettes que les sénégalais gagnent sur la vente du produit Orange Money », la multinationale veut tuer ses partenaires. «Nous lançons un appel au Président Macky Sall pour lui dire que le Plan Sénégal Emergent (Pse) dont on parle commence par les jeunes entrepreneurs sénégalais que nous sommes. L’État nous a trouvé en train de travailler et doit nous protéger et non laisser les étrangers nous exploiter », détone-t-il.

Le business man de renchérir : «Si aujourd’hui Orange Money a un certain positionnement sur le marché, c’est à cause des partenaires qui ont rayé d’autres produits financiers. Sans nous, Orange n’est rien».

Le quota sur la vente des puces non reversé

L’autre arnaque dénoncée par le membre du Renapta est la vente des puces au niveau des boutiques Orange. Notre source de noter : «nous avons vendu des puces pour le compte de Orange à 600 francs. Les 100 francs qui nous revenaient, devaient être versés par Orange. Ce qui n’a pas été fait. Orange doit des milliards aux boutiques et ils ne l’ont pas dit. Personnellement, Orange me doit plus de 8000 puces, durant les trois derniers mois.Faites le compte, sans compter la somme de 150 francs qu’ils devaient nous reverser. Ce qui constitue une arnaque très grave. Ce n’est même pas un manque de respect, mais c’est une arnaque.

L’État est en train de les laisser faire». Cette situation de laisser-aller suscite une nouvelle fois un débat biaisé, accompagné de clichés sur les rapports que les entrepreneurs sénégalais ont avec les multinationales étrangères. Le gouvernement doit assurer un meilleur service du public sénégalais, quel que soit son domaine d’activité.

L’implantation des kiosques dénoncée
Dans sa logique d’effort d’économie et de productivité, des kiosques Orange sont en train de germer à travers les rues du pays. «Orange travaille avec un malien et un sénégalais qui gèrent le marché des kiosques Orange qui sont implantés à travers les rues du pays sous la complicité des maires de commune d’arrondissement. C’est une occupation anarchique et une concurrence déloyale. Nous, nous louons une place, payons la taxe communale et autres. Un bon jour on érige un kiosque à côté de vous sans bourse déliée alors que nous vendons le même produit. Ces kiosques sont créés pour tuer les partenaires de Orange Money », lance-t-il amer.

Pour juger les pratiques économiques de nos gouvernants, il faut toujours revenir à ce proverbe des anciens pays de l’Est : « les communistes prennent le pouvoir au Sahara ; au bout d’un an il ne se passe rien ; au bout de deux ans, pénurie de sable. Ils conduisent le peuple à l’abîme. C’est dire… Abdoulaye DIOP

Sur les braises, Orange rencontre le cadre de concertation des distributeurs vendredi prochain
Une chose est sure, c’est que les responsables de Orange Money sont conscients du danger qui profile à l’horizon. Une rencontre s’est tenue hier avec ses partenaires pour trouver une issue à ce litige.

Après de longs palabres et des solutions de compensation proposées aux prestataires, une nouvelle réunion est prévue vendredi prochain pour voir comment ils peuvent revenir sur les « commissionnement » et se donner un mois de pourparlers afin de trouver une solution partielle ou définitive à cette problématique, à travers un cadre de discussion.

Toute chose qui laisserait penser que Orange Money veut reculer pour mieux sauter et arriver à diviser ce mouvement de boycotteurs qui menacent tout bonnement de laisser tomber tous les produits qui tournent autour de Orange.

Abdoulaye DIOP 24 Heures