Abdoulaye Sow « Aliou Cissé n’est pas exempt de critiques,la fédération doit améliorer sa communication… »

Dans cette deuxième et dernière partie de l’entretien qu’il a accordé au quotidien 24 heures Abdoulaye Sow 2e vice-président de la fédération et non moins président du conseil d’orientation du ‘’Prodac ‘’ revient à coeur ouvert sur le déficit de communication de la fédération, les relations supposées tendues entre Aliou Cissé et les joueurs, son parcours atypique…

Il se raconte qu’avec Aliou Cissé la tanière ressemble à un cantonnement militaire. Confirmez-vous?

Vous savez Aliou Cisse a son tempérament et il a ses méthodes. Je crois qu’il faut lui rendre hommage. Il a restauré la discipline au sein de la tanière. Il a restauré le respect dû au maillot national. Nous sommes dans une société ouverte où, sans compromission, il faut des compromis. Nous avons tous intérêt à améliorer la communication au sein de l’équipe nationale. Je suis parfaitement d’accord qu’il y a des chantiers au niveau de la communication interne, surtout entre joueurs et coach, et dans la communication administrative entre joueurs et coach mais aussi entre l’équipe nationale vis-à-vis de l’opinion. Parce que l’équipe nationale est une propriété nationale,un patrimoine qui appartient à tous personne n’a le droit de le ‘’bunkeriser ‘’,personne n’a le droit de la fermer. L’exemple patent, c’est l’équipe de France. Cette équipe est restée en communion avec son peuple, je ne pense que ce sont les vases clos qui font le développement. J’estime qu’on peut toujours trouver des créneaux pour nous parler, parce que l’homme est essentiellement dans la communication

Et si vous aviez à décrire Aliou Cisse …?

C’est un patriote, un travailleur. Il croit au travail, je l’ai vu passer des nuits blanches concentré sur son travail. C’est quelqu’un qui se bat, et qui aime ce qu’il fait. Maintenant comme tous les entraineurs du monde il arrive qu’il y ait des difficultés. Il arrive qu’il y ait des critiques. Regardez Deschamps aujourd’hui il est le champion du monde il a subi même des critiques de ses compères joueurs Dugarry a été très sévère vis-à-vis de Deschamps. Je ne parle pas des autres qui sont de la même génération de 98 et qui l’ont critiqué férocement, et pourtant il a gagné la coupe du monde. Aliou Cissé n’est pas aussi exempt de critiques. Il a accepté d’être investi d’une responsabilité nationale. De ce point de vue il doit avoir le dos large. Il doit écouter et prendre ce qui est meilleur et l’appliquer.

Parlons maintenant de tout à fait autre chose. Apparemment vous avez délaissé la politique…

Non, non, je reviens de Kaffrine il y a deux jours (NDLR l’entretien s’est déroulé mercredi 1er Aoùt) je suis militant et responsable. Si vous allez à Kaffrine personne ne vous dira que j’ai délaissé la politique. Au plan médiatique peut être je ne suis pas trop visible ces derniers temps, mais il faut savoir que chaque chose en son temps.

Comment faites-vous pour concilier les deux quand on sait que par moments vous êtes plus concentré sur l’équipe nationale ?

C’est un peu difficile, mais le football est par essence une activité associative comme la politique, ensuite je ne suis pas seul dans le travail, car je suis entouré par une équipe qui fait bien le travail et qui suit les actions et moi partout où je suis, je ne reste pas un jour sans communiquer avec eux. Et je me bats pour Kaffrine. C’est Kaffrine qui m’a mis dans le football. C’est ma passion pour Kaffrine qui m’a poussé avec un groupe d’amis à reprendre le club qui avait été créé en 1962.En 1982 le club avait presque disparu. Dans les années 90 nous avons décidé de reprendre en main le club.En fait c’est ma passion pour le terroir qui me pousse à agir.Je considère néanmoins qu’entre la politique et le sport,il n y a qu’un pas à franchir.

Que faites -vous d’autres dans la vie à part le foot et la politique ?

C’est ça qui me fait mal,quand je vois…(il coupe sa phrase) J’ai commencé ma carrière comme instituteur adjoint,c’est pourquoi quand vous parlez de courage… c’est que j’ai été formé dans la lutte, Je sais me battre j’ai été formé à l’école Wiliams Ponty de Kolda puis affecté dans la brousse du département de Kaffrine. J’ai bourlingué. Entre instituteur adjoint et administrateur civil il y a tout un chemin à parcourir .Après le poste d’instituteur adjoint je suis passé comme secrétaire d’administration. Tout cela après moult difficultés et c’était pour avoir mon autonomie. Même dans la politique, je tiens à ce que ma dignité soit respectée. Parce qu’en politique comme dans le milieu associatif si vous n’avez de métier, votre dignité risque d’être bafouée. En politique comme en sport,je dis bien il ne faut pas dépendre des autres, c’est pourquoi je jouis à ma liberté. Une liberté bien entendu encadrée par le respect que je dois vis-à-vis des uns et des autres. Je suis administrateur civil et aujourd’hui et je fais mon métier. Je suis président du conseil d’orientation du PRODAC par la volonté du chef de l’Etat. Quand ma mission à côté du président Senghor sera terminée je reprendrai mon activité classique. En tout cas je ne serais pas désœuvré. Je ne suis pas un fonctionnaire du football

Si vous avez à vous décrire, quels sont vos qualités et défauts ?

(Il hésite un peu…) Je vais commencer par mes défauts. Le premier, c’est que je m’énerve vite. Je suis en train de me battre (rires) un jour le président Ousmane Tanor Dieng m’a conseillé de faire du yoga, je crois que je vais suivre son conseil. Le deuxième défaut, je suis trop passionné par tout ce que je fais. J’estime que c’est une qualité et un défaut en même temps. Quand je suis sur une chose, je ne fais que ça. Le troisième défaut, j’embrasse aussi beaucoup de choses. Vous avez tantôt dit que je suis omniprésent (rires) on me le reproche souvent sur le terrain de la politique, parfois je me dis (il hésite encore) je ne fais presque confiance à personne, je me dis qu’il faut que je fasse tout moi-même, pour éviter demain d’être à la lisière. Le président Abdoulaye m’a un jour dit qu’on ne fait pas la politique en rasant les murs. Moi je serais plus général que lui et je dirais qu’on ne se construit pas en rasant les murs.

Et pour vos qualités…

L’une des qualités que je pense être les miennes, c’est d’abord cette foi au travail car je suis né dans un milieu extrêmement pauvre. Je connais la pauvreté, je connais la difficulté et je sais que c’est le travail qui libère. Même au sein du football, je vois les gens parler de marabouts. Je n’y crois pas trop. Fondamentalement je crois au travail et je me dis que si nous continuons à travailler, nous finirons par récolter les fruits de notre labeur. J’ai aussi une qualité que je tire de ma fonction de fonctionnaire, c’est l’obligation de loyauté en toute circonstance

La personne avec qui vous n’iriez jamais en vacance…

C’est l’hypocrite. (Il se répète) L’hypocrisie est une tare malheureuse bien sénégalaise

En bon peulh, quel est votre plat préféré

(Rires) Du ‘’Lathiri-Cosaam’’ (couscous mélangé avec du lait caillé) je savais que vous termineriez par là en bon sérère (Rires)

Le mot de la fin ?

Je vous remercie de m’avoir permis pour la première fois de m’exprimer à travers les colonnes de 24 heures. A travers vos questions, je découvre certaines choses. Je considère la presse comme un partenaire privilégié. C’est de ma responsabilité de répondre de ce que nous faisons tous les jours. J’entends souvent les gens parler d’obligation de reddition des comptes, je dirais plutôt obligation de reddition de responsabilité. Je considère que c’est ensemble que nous arriverons à construire notre football